L’édito du maire

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Votre maire, vice-président du conseil départemental des Hauts-de-Seine et vice-président du territoire Paris Ouest La Défense

Christian Dupuy

Le 15 avril à 18h, j’inaugurais le programme immobilier de l’îlot Emile Duclaux.
Ce programme a été initié, il y a vingt-cinq ans quand on a pris conscience du caractère indigne des logements dans lesquels vivaient des ménages et des personnes seules, propriétaires ou locataires d’une copropriété constituée de deux bâtiments qui se faisaient face, de part et d’autre d’une pauvre cour pavée se terminant en impasse et qui s’ouvrait dans la rue Émile Duclaux.
Il s’agissait d’un ancien hôtel ouvrier du tout début du XXe siècle, bâti sans réelles fondations sur un terrain où la nappe phréatique affleurait presque. Ces deux frêles immeubles souffraient d’un délabrement avancé.
Les étanchéités n’assuraient plus leur fonction depuis des lustres et l’humidité était omniprésente de ce fait et en raison de remontées des eaux de la nappe phréatique, par capillarité, dans les murs et cloisons des logements.
Ces derniers avaient été revêtus dès l’origine de peintures au plomb qui ressortaient inexorablement malgré les couches successives de peinture qui les avaient recouverts en raison même de cette humidité qui les imbibait. Des enfants étaient atteints de saturnisme par infection au plomb et tous les habitants souffraient d’asthme ou d’autres affections chroniques liées à cette humidité qui contribuait en outre à fragiliser le bâti à tel point que des planchers s’effondraient parfois sous les pieds des habitants.
Enfin, les conditions sanitaires étaient encore aggravées par une hygiène précaire : ni toilettes individuelles ni salles de bains mais de simples tinettes à la turc sur les paliers et de petits cabinets de toilette pour faire ses ablutions…
Nous avons alors décidé de procéder aux acquisitions des logements, par préemption dans un premier temps puis par voie d’expropriation lorsque nous avons obtenu la déclaration d’utilité publique consécutive à l’enquête publique.
Il aura ensuite fallu procéder au relogement de tous les habitants de cet ensemble en répondant aux situations pécuniaires de chaque ménage.
Je passe sur les complications multiples qu’a rencontrées le chantier de construction liées notamment au sous-sol du terrain…
Enfin, après vingt-cinq ans d’efforts, est venu le temps de l’inauguration de ce programme, forcément déficitaire, mais particulièrement exemplaire. Il comporte des logements sociaux, une pension de famille, une galerie d’ateliers artisanaux dédiés aux métiers d’art et un jardin écologique paysager et permet d’emprunter un passage piétonnier ouvert au public reliant la rue Émile Duclaux à la rue Rouget de Lisle, en traversant la galerie et le jardin.
À l’occasion de cette inauguration j’ai rappelé l’importance de la présence des artisans d’art et de la nécessaire mise en valeur des métiers d’art insuffisamment reconnus comme une filière d’excellence pour notre patrimoine historique, actuel et futur et pour la réussite individuelle de ceux qui font le choix d’embrasser les carrières qui en résultent.
En quittant la rue Émile Duclaux, j’ai appris la terrible nouvelle de l’incendie qui ravageait au même moment Notre Dame de Paris.
Suresnes, comme les dix autres communes de notre établissement public territorial de Paris Ouest La Défense, votera à la prochaine séance du conseil municipal un don équivalent à 1 euro par habitant pour contribuer au financement de la reconstruction des parties détruites de ce joyau de notre patrimoine national, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.
Dans les jours qui ont suivi ce drame, outre les inévitables et navrantes polémiques dont nous, Français, sommes hélas friands, d’autres commentaires, davantage porteurs d’espoir, se sont fait entendre selon lesquels ce gigantesque chantier offrira une formidable opportunité de mise en lumière et en valeur des métiers d’art et des trésors de savoir-faire qu’ils permettent de continuer à être maintenus et enrichis au fil des siècles. La France est dépositaire de ces tours de mains et a su les transmettre grâce aux CFA, à l’enseignement professionnel, aux Compagnons du devoir, aux Meilleurs ouvriers de France… et malgré l’obstination de certains à considérer qu’il n’est pas de réussite digne de respect hors des filières dites intellectuelles.
Or, ces métiers dits « manuels » font autant appel à l’intelligence, à la sensibilité, à la créativité et même souvent davantage que les autres professions.
De ce terrible drame, ainsi, émerge l’espoir de voir naître une conscience de la complémentarité entre l’intelligence et la main qui donne réalité à l’imagination des hommes.

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