Maureen Dor: “Suresnes? J’adore…”

octobre 2020

Après une carrière à la télévision, Maureen Dor s’est tournée vers l’écriture pour la jeunesse. La plus Suresnoise des Belges réside sur les pentes du mont Valérien depuis une vingtaine d’années et s’investit de plus en plus pour sa cité.

Texte : Stephane Legras. Photos : Carole Martin, Tiphaine Lanvin

Elle est née à Bruxelles, ne mange pas de fricadelles, relit Simenon à l’envi et la Belgique ne lui manque pas tant que cela… D’autant qu’une autre ville la fait chavirer depuis de nombreuses années. C’est elle, Maureen Dor, qui le dit, pas besoin de lui forcer la main.

« J’aime Suresnes où j’habite depuis 19 ans, elle est chouette, j’en suis fière. » Après avoir notamment fait les beaux jours des programmes télévisés pour enfants dans les années 1990, « Chalu Maureen », c’est elle, ou été chroniqueuse dans différentes émissions, elle s’est lancée il y a une dizaine d’années dans la littérature jeunesse. A Suresnes donc.

« Nous habitions dans le 11e arrondissement avec mon compagnon, le musicien Jérôme Dédina et désirions plus d’espace et un jardin », rappelle Maureen Dor, qui attend à l’époque son premier enfant, Gaspard. «Nous sommes donc arrivés par hasard à Suresnes. » Gaspard a maintenant 19 ans et Léonard, son frère, 16. Maureen tient quant à elle à « jouer le jeu », en vraie Suresnoise.

« Ils ont fréquenté les écoles des Cottages et Mouloudji où je m’impliquais dans les fêtes d’école, et maintenant le lycée Paul Langevin, ils ont longtemps été inscrits à l’excellent conservatoire de Suresnes ou ont pratiqué le taekwondo dans un des clubs de la ville, sans oublier les cours d’arts plastiques», liste-t-elle. Infatigable, investie, son enthousiasme semble inépuisable. Ainsi jouait-elle encore mi-septembre les Madame Loyale du Festival de la transition énergétique, organisé par plusieurs associations suresnoises. «Je suis admirative des gens qui se bougent, qui donnent de leur temps pour des associations», salue Maureen.

En grande amatrice de cinéma, elle est une assidue du Capitole. « Pourtant comme une idiote, quand nous nous sommes installés, j’ai continué à fréquenter les salles obscures parisiennes alors que la programmation du cinéma de Suresnes est excellente», lance-t-elle avec une fraîcheur que l’on qualifiera de Belge si ce n’était un peu cliché. Mais comme tous les clichés…

Retrouver Suresnes est un délice

« Le regard des Parisiens me fait rire. J’ai écrit mes derniers livres avec l’ancien président de la République, François Hollande. Quand je lui ai dit que j’habitais Suresnes il a glissé, d’un air entendu, « ah Suresnes… », comprendre la ville des bobos», plaisante-t-elle. Rayonnante, pétillante, le sourire vissé aux lèvres et en bonne « bobo » elle sillonne la ville ou traverse le bois de Boulogne à vélo à assistance électrique acheté dans une « excellente boutique de Suresnes. D’ailleurs quand j’ai passé ma journée à Paris, retrouver son calme, sa propreté et sa plénitude est un délice.»

Maureen n’a pas sa langue dans sa poche, et quand elle apprécie, elle le fait savoir. La Suresnoise d’adoption est intarissable sur sa commune, louant « son hôpital à la pointe, ses deux superbes marchés, ses librairies…» Maureen Dor ne dispose pourtant d’aucune part dans l’Office du tourisme de Suresnes, nous avons vérifié.

Bouteille à moitié pleine, le confinement et la fameuse limite du kilomètre pour les promenades lui a permis de redécouvrir son quartier, Liberté, aux « maisons si diverses ». Des bâtiments minuscules qui se sont glissées dans l’exiguïté d’un terrain aux édifices nettement plus cossus.

Ville aux airs de village

«J’apprécie aussi que se côtoient CSP+ et milieux plus populaires, que ma ville comprenne près de 40% de logements sociaux. Mais ce serait encore mieux si ces CSP+ mettaient davantage leurs enfants à l’école publique de leur commune.»

Intarissable pour cette ville aux airs de village, elle y instille un peu de l’esprit de son pays d’origine. «Nous avons tenu à ce que le mur séparant notre jardin de celui des voisins ne soit pas complet. C’est très Belge, ça, non Bruxellois !» Et la Belgique d’ailleurs ? Si elle évoque avec tendresse ses spécialités comme les spéculoos, waterzooï, le pain à la grecque ou encore les bonbons cuberdon, attention, « prendre l’original», c’est important, elle n’a absolument pas envie de retraverser la frontière. « Si j’avais voulu repartir en Belgique, je l’aurais fait», assure Maureen.

Une ambassadrice du livre jeunesse

Depuis dix ans c’est l’écriture pour les enfants qui anime celle qui a « toujours écrit et raconté des histoires ». Elle a même fondé sa maison d’édition, Clochette, associée à l’éditeur Glénat, depuis deux ans.

Dans ses derniers ouvrages publiés dans la collection « Quand ça va, quand ça va pas », écrits avec de prestigieux collaborateurs, elle aborde l’alimentation avec le chef étoilé Thierry Marx ou la République avec François Hollande.

Le 28 octobre sortira un nouveau livre réalisé avec l’ancien président de la République, cette fois sur l’Etat, et au printemps un dernier sur la famille, avec la psychiatre Marie-Rose Moro. «Je pensais qu’écrire pour la jeunesse serait plus simple car plus court. Il n’en est rien. L’on dispose de moins de mots, il faut adapter son vocabulaire, c’est néanmoins un exercice de style passionnant.»
Elle a bien sûr dédicacé ses ouvrages dans des établissements de Suresnes ou lu des histoires lors d’un Festival des Vendanges – elle est d’ailleurs membre de la Confrérie du vin de Suresnes. Pour Maureen, le livre jeunesse a une importance capitale car il développe l’imaginaire. « Les enfants sont de plus en plus face à une réalité qui ne se cache plus. Les livres ont ce pouvoir de les sortir de leur réalité, d’où l’importance de l’école et des médiathèques. »

 

Venue par hasard à la TV

C’est à Bruxelles que Maureen Dor a débuté sa carrière télévisuelle, en animant le top 50 de la nouvelle chaîne publique Télé 2. Elle affiche alors à peine 17 ans. « Mes parents connaissaient le directeur des programmes qui m’a dit que j’étais trop jeune mais que je pouvais tenter, pour m’amuser, le casting qui devait désigner la future animatrice. Je l’ai fait et j’ai bien sûr été prise », sourit-elle.

Vint ensuite l’expérience de la télévision française où elle commence par intervenir dans l’émission culte de Canal + Nulle part ailleurs avant de rejoindre France 2 pour animer donc « Chalu Maureen », destiné aux enfants. On la retrouve par la suite comme chroniqueuse de différentes émissions de Laurent Ruquier ou comme membre de jurys de plusieurs programmes.

En parallèle, elle joue dans des films et des séries et se produit même sur la scène du Sentier des Halles où elle interprète ses propres chansons. « A la télévision je me suis beaucoup amusée mais à un moment j’ai ressenti le besoin d’en sortir puisque j’ai commencé très tôt à faire des programmes pour enfants, et les gens vous cantonnent à cela. Je n’avais plus envie de faire ce type d’émission alors j’ai tout simplement arrêté. »

On l’aura compris, Maureen Dor est une personne décidée. D’autant que la télévision était venue par hasard, alors qu’elle se destinait au théâtre, prenant même des cours de diction et de déclamation en Belgique avant son arrivée en France en 1992 où elle a tenté d’intégrer le cours Florent.

 

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