Sur le front du Covid-19, l’Hôpital Foch perçoit la décrue

mars 2020

  • Dossiers
  • Sur le front du Covid-19, l’Hôpital Foch perçoit la décrue

Hôpital de proximité des Suresnois, l’hôpital Foch est en première ligne pour affronter la crise sanitaire qui secoue la France et le monde entier. Si le maître mot reste la prudence, une décrue des patients atteints par le Covid-19 est perceptible depuis quelques jours, et les unités Covid commencent à être « désamorcées ». Retrouvez dans ce dossier l’interview de son directeur, Jacques Leglise, et des témoignages de médecin, cadre et  personnels soignants.

 

Alors que tout le monde a en tête la date du 11 mai et le début du déconfinement, une décrue des patients atteints par le Covid-19 est perceptible depuis quelques jours.

A l’hôpital Foch, les unités Covid commencent à être « désamorcées » et les services se préparent à reprendre, de manière très progressive, leurs activités « normales ».

“Néanmoins, avec 40 lits armés,(NDLR au 26 avril)  dont une trentaine encore occupés par des patients covid en réanimation, le périmètre de la Réa est toujours largement au- delà de ce qu’il est habituellement” souligne le dr Charles Cerf chef su servic réanimation (interview ci-dessous).

Le maître mot reste donc la prudence et il n’y aura pas de retour à la normale avant septembre ; s’il n’y a pas de rebond de l’épidémie. Le temps aussi de ménager aux personnels une pause pour reprendre des forces et recouvrer leurs esprits.

Par ailleurs, l’hôpital Foch et ses équipes peuvent s’enorgueillir, même s’ils n’en font pas ou peu la publicité, d’avoir publié la semaine dernière les résultats du premier essai français qui ouvre un espoir de traitement du Covid pour éviter le passage en réanimation des patients qui s’aggravent.

Sur ces derniers développements Jacques Léglise, directeur de l’Hôpital et le dr Charles Cerf, Chef du service Réanimation de l’hôpital Foch et directeur médical de crise, ont répondu aux questions du Suresnes-Mag.  

Décrue et désarmement après le pic épidémique

La vague a pu être absorbée et la décrue en secteur covid a commencé le 15 avril sous les effets des mesures de confinement de la population. Un personnel en grande fatigue « désarme » progressivement des lits de réanimation tout en conservant une capacité opérationnelle permettant de faire face à un retour à la hausse du nombre de cas covid du fait du déconfinement. Les équipes doivent à présent mettre en place une organisation permettant de redémarrer les consultations des patients « habituels » et de reprogrammer les interventions non urgentes qui ont été repoussées, le tout dans un contexte de sécurité qui évite tout risque de contamination des patients covid et des autres.

Le confinement de la population a débuté le 17 mars, mais à Suresnes l’hôpital Foch a intégré le dispositif Covid dès le 11 mars. Ce dispositif prévoyait que les patients covid détectés soient renvoyés vers des hôpitaux parisiens de niveau 1 : Bichat et la Pitié-Salpêtrière. Vingt jours plus tard, les patients restaient à Suresnes.

Avec ses professionnels d’élite, un haut niveau d’enseignement, de formation et de recherche, des équipements techniques de pointe en font l’un des hôpitaux les plus importants et performants d’Île-de-France. L’hôpital Foch est donc en première ligne pour affronter la crise sanitaire qui secoue la France et le monde entier. Pour faire face à cette situation exceptionnelle, l’hôpital et tout son personnel se sont adaptés, jour après jour, notamment par la création de lits de réanimation, le sujet majeur de ces deux derniers mois.

En temps normal, les hôpitaux d’Île-de-France comptent 1100 lits de réanimation. Ils ont réussi à porter cette capacité à 2800 lits de réanimation occupés au plus haut de l’épidémie, soulignant la complémentarité des hôpitaux publics et privés. A Suresnes, l’hôpital a multiplié ses capacités de lits de réanimation par quatre.

Tout au long de ces semaines de lutte, la rédaction du Suresnes-Mag a interrogé les acteurs de l’Hôpital (directeur, médecins, infirmière, responsables). Retrouvez leurs témoignages dans ce dossier.

C. G.

En chiffres

2 200 collaborateurs dont 1180 soignants

394 médecins

492 lits et 119 places

63 000 hospitalisations par an

100 000m2 soit 14 terrains de rugby

62 000 passages aux urgences

« Ecouter, échanger et soutenir »

Sabrine Berrada est psychologue du travail et des organisations à l’hôpital Foch. L’établissement a fait le choix il y a quelques années de permettre à tous ses personnels, soignants ou non, d’être accompagnés psychologiquement. Une aide loin d’être courante mais très précieuse, notamment actuellement, alors qu’ils sont en première ligne de la lutte contre le Covid-19.

Texte Stéphane Legras – 9 mai 2020

Sabrine Berrada (à droite), avec la cheffe du service médecine du travail, le Docteur Carline Amiel-Taïeb.

Décidément, l’hôpital Foch de Suresnes est atypique, à la pointe même. On y croise par exemple dans ses couloirs, et depuis plusieurs années, Sabrine Berrada, dont la mission a pris encore plus de sens à l’heure du Covid-19, alors que l’afflux de patients nécessitait un bouleversement de l’organisation de l’établissement privé à but non lucratif. Rattachée à la médecine du travail, Sabrine Berrada est psychologue du travail et des organisations et est à la disposition de tous les salariés de l’établissement. Lorsqu’on lui demande s’ils sont nombreux dans les hôpitaux franciliens, elle peine à citer des noms. « J’ai un collègue à Ambroise Paré à Boulogne, mais sinon… » Atypique donc.

Avant l’arrivée de la pandémie, son action présentait deux visages. « Je menais des entretiens individuels dans des cas de souffrance au travail, par exemple lorsque des tensions apparaissaient dans un service, entre collègues, ou avec la hiérarchie. En parallèle j’organisais des rencontres collectives dans le cas de problèmes pathogènes, ainsi lorsqu’il y avait beaucoup de turn over au sein d’un service, ou de dissensions entre générations. Je menais une sorte d’enquête pour établir un plan de réorganisation », rappelle Sabrine Berrada.

Et depuis ? Dès la mi-mars le service de médecine du travail est devenu un centre de dépistage du Covid pour le personnel hospitalier de Foch. En toute logique, l’action de la psychologue a elle aussi été réorganisée. « Je vais directement dans les services qui sont eux même chamboulés. Une partie du bloc opératoire et la salle de réveil ont ainsi été transformées en lits de réanimation quand d’autres services ont été réservés et isolés pour accueillir des patients Covid », détaille-t-elle.

In situ, elle peut évaluer et accompagner cette adaptation, d’autant que certains soignants qui n’étaient pas spécialistes de réanimation ont dû s’y mettre après y avoir été formés en urgence. « Ce sont des situations complexes », insiste-t-elle. Sa mission consiste à écouter, échanger et soutenir. « Je suis présente au plus près des équipes, j’ai ma charlotte, mon masque et ma blouse. » Une action de proximité pour qu’elles ne se sentent pas isolées : les journées de Sabrine sont donc longues, d’autant qu’elle a tenu à être présente quelques nuits.

Les gens sont à fleur de peau. Les chefs de services essaient de leur permettre au maximum de se reposer. Nous avons mis en place un centre de relaxation où interviennent un kiné et un osthéo. Je leur donne également des techniques pour se ressourcer.

Tous les agents peuvent faire appel à elle, surtout en période de crise. « Médecins, cadres, direction, agents d’entretien ou d’accueil, internes, agents techniques qui ont eu rôle crucial à jouer dans les déménagements des services, la montée en charge, c’était pour tout le monde ! », confirme-t-elle, tout comme il « n’y a pas de fierté mal placée ».

Autre conséquence de la lutte contre le Covid et du confinement : les activités extra professionnelles pour décompresser n’existent plus. « Les gens sont à fleur de peau. Les chefs de services essaient de leur permettre au maximum de se reposer. Nous avons mis en place un centre de relaxation où interviennent un kiné et un osthéo. Je leur donne également des techniques pour se ressourcer. La marche, à l’extérieur, est par exemple importante, on rejoint là les préceptes de la sophrologie. Cela n’est pas anecdotique : il faut absolument continuer de prendre soin de soi, de se doucher par exemple. »

Sabrine Berrada doit prendre aussi en compte aune autre problématique de notre vie sociale, et notamment chez les plus jeunes, qui ont besoin d’échanger, de se rencontrer une fois quitté l’hôpital. « On les soutient donc en créant des lieux d’échanges collectifs au sein des services, ne serait-ce qu’en partageant un café. On fait avec ce que l’on a ! », sourit-elle.

Le risque de la deuxième vague

Dans les premiers jours de mai, à l’heure de l’encore éventuel déconfinement, elle observe et accompagne la baisse d’endurance du personnel. « Même si nous avons eu la chance que la vague ait été étalée, ce qui nous a notamment permis de multiplier les places en réanimation, la durée de cet épisode, fait que dans certains services, les agents n’ont plus la même énergie qu’il y a deux mois, même si la vocation fait qu’ils ne s’arrêteront pas. Pendant une période, on ne vivait que Covid. Une prise en charge lourde et récurrente, comme une forme de marathon. Il faut absolument la prendre en compte et prendre des dispositions surtout au cas où nous devrions faire face à une deuxième vague », explique-t-elle.

Le leitmotiv de l’hôpital Foch est donc encore une fois net : s’adapter pour faire face. « J’aurai probablement de plus en plus de demandes d’entretiens individuels et s’il y a des soucis graves, je pourrai les orienter vers la médecine du travail ».

Cependant, la peur d’avoir à faire des choix n’est pas apparue. « Tout simplement parce que cela fait partie de la formation des urgentistes et des réanimateurs. Ils y apprennent à évaluer la possible survie et dans quel état, pour éviter tout acharnement thérapeutique. »

Dernier constat, qu’elle partage avec de nombreux agents et soignants de Foch : cette crise aura encore renforcé les collaborations et les solidarités au sein de l’hôpital. Atypiques et soudés.

Marie Ballester, Cheffe du service des urgences de l’hôpital Foch de Suresnes

« On maintient l’organisation Covid aux Urgences »

Alors que les flux de patients covid et non covid s’inversent aux Urgences, l’hôpital ne revient pas pour autant à l’organisation d’avant la crise sanitaire.

Texte Thierry Wagner

« Depuis le 18 avril, ça commence à ralentir. Nous avons plus de gens qui arrivent pour des pathologies non covid aux urgences de Foch que de patients pour des suspicions de covid-19. Les flux se sont inversés, » annonce Marie Ballester, cheffe du service des Urgences de l’hôpital depuis 2017. Le flux global est même inférieur à celui de l’an dernier à la même période. Confinement oblige, il y a moins d’accidents de sport, d’accidents de la route, d’accidents professionnels mais l’état des patients qui arrivent est souvent assez grave d’avoir attendu trop longtemps avant de consulter.

« Des infarctus, des OAP (œdème aigu du poumon), des AVC (accident vasculaire cérébral), des compensations de diabète, des patients qui n’ont peut-être pas pu renouveler leur ordonnance, qui n’ont pas pu voir leur médecin traitant ou qui n’ont pas pris correctement leur traitement, » précise Marie Ballester, « la chirurgie a repris un peu, les cholécystites, les appendicites continuent d’arriver, la neurochirurgie également avec les hématomes sous-duraux. Les patients covid représentent un tiers de nos passages. »

Pour le moment, l’hôpital conserve néanmoins une organisation à deux circuits d’admission, covid d’un côté, non covid de l’autre, au cas où une deuxième vague de coronavirus arriverait dans les 15 jours ou 3 semaines qui vont suivre le début du déconfinement du 11 mai.

Réactivité générale

Comment la première vague a-t-elle été vécue aux urgences ? C’est surtout la réorganisation des deux canaux : un secteur pour tout ce qui n’est pas « covid » et un autre pour le « potentiellement covid » dans lequel le personnel est équipé particulièrement et où l’on s’occupe des patients avec la protection optimale, qui a été complexe pour le service, plus que le nombre d’arrivées.

« A Foch, nous avons pu accueillir tous les patients avec suspicion de Covid » commente l’urgentiste, même si elle reconnaît que, du 20 mars au 8 avril, l’hôpital frôlait la saturation malgré l’augmentation du nombre de lits de réanimation.

 « Nous avons eu une cellule de crise tous les matins pour le suivi de l’évolution et pouvoir nous adapter de manière coordonnée au sein de l’hôpital. Ça a très bien fonctionné sur Foch. L’organisation s’est adaptée tous les jours avec une réactivité générale, des services techniques, ceux de nettoyage, etc. » poursuit Marie Ballester. « Nous étions tous là, ensemble, pour les malades, avec un surplus de cohésion et de solidarité entre nous dans cette période difficile. Tous dans le même bateau, jamais seuls. »

Une solidarité importante pour des équipes qui accumulent les fatigues et commencent seulement à entrevoir quelques jours de repos. Une dizaine de personnes, sur les 70 de celle des urgences, a été touchée par le virus. « Des gens motivés qui ont répondu présent » se félicite l’urgentiste en chef dont le personnel, comme celui de tout l’hôpital, a fait l’objet d’attentions particulières : passage d’un ostéopathe, psychologue du travail, kinés, fauteuil relaxant pour ceux qui avaient besoin de se reposer un peu…

Le message de la cheffe des urgences de Suresnes au Suresnois ? « Même s’il y a déconfinement, portez bien les masques, respectez les mesures barrières et n’outrepassez pas les règles qu’on nous indique. »

 

Dr Charles Cerf, Chef du service Réanimation de l’hôpital Foch de Suresnes, Directeur médical de crise

« Nous sommes toujours en situation très tendue en réanimation »

Alors que le nombre de patients atteints de covid-19 décroit régulièrement depuis le 15 avril, Charles Cerf, chef du service de réanimation et directeur médical de crise, revient dans un long entretien sur les 8 semaines de crise sévère auxquelles l’hôpital a réussi à faire face. Dans les coulisses de « la Réa » de Foch.

Propos recueillis le 26 avril par Thierry Wagner

 Suresnes-Mag : A quel moment avez-vous reçu les premiers cas de covid-19 à Foch ?

Charles Cerf : Tout début mars. Des patients s’aggravant très vite en quelques jours et d’autres qui s’aggravent de manière un peu inexorable sur plusieurs jours et finissent à devoir être hospitalisés en réanimation au bout d’une semaine à dix jours d’évolution.

S-Mag : Qu’est-ce qui rend la prise en charge des patients « covis-19 » si compliquée ?

C. C. : Ces pathologies, lorsqu’elles demandent d’être hospitalisé en réanimation sont des tableaux extrêmement sévères, avec une atteinte pulmonaire très compliquée à gérer avec les techniques habituelles. La difficulté, c’est que c’est une maladie qu’on découvre et sur laquelle les stratégies thérapeutiques ne sont pas encore bien établies, les protocoles de traitement pas encore solides. Les équipes médicales progressent dans la façon de prendre en charge ces patients, on le ressent au quotidien, avec encore beaucoup d’incertitudes sur la meilleure façon de faire.

Il faut rester optimiste. Il y a un effort sans précédent sur la recherche dans le Monde entier, en Europe en particulier, sur cette maladie. L’hôpital Foch a participé à un essai thérapeutique sur le Tocilizumab qui s’est avéré avoir des effets très bénéfiques sur les patients atteints de covid-19. On a de bons espoirs d’avoir des pistes thérapeutiques dans les semaines ou les mois qui viennent.

 S-Mag : En régime normal, l’activité de l’hôpital ne nécessite que 14 lits de réanimation. A combien êtes vous montés pendant cette crise ?

C. C. : En temps normal, nous avons 30 lits de soins intensifs dont 14 de réanimation lourde. De jour en jour, nous sommes passés à 44 lits de réanimation « covid », 8 lits de réanimation « non covid » pour les autres cas et 8 lits de soins intensifs « covid ». On a donc multiplié par 4 le nombre de lits de réanimation de l’hôpital Foch. Nous avons réussi avec ce déploiement à avoir très peu de besoins de transferts vers d’autres hôpitaux à part quelques malades des urgences qui ne nécessitaient pas de réanimation. On a réussi à s’adapter pour absorber la vague de manière assez efficace.

Dans la phase la plus aiguë de la crise, tout s’accélérait tellement vite qu’une décision qu’on prenait le matin était déjà à remettre en cause le soir.

S-Mag : Chef du service réanimation, vous êtes aussi directeur médical de crise. En quoi cela consiste-t-il ?

C.C. : La direction de crise comporte surtout des aspects, tactiques, stratégiques et organisationnels de l’hôpital. Mais la gestion opérationnelle du flux des patients au quotidien est toujours l’affaire des médecins et des personnels soignants et administratifs qui sont en poste. Cela nécessite d’organiser, d’expliquer, de s’adapter au fil de l’eau…  Dans la phase la plus aiguë de la crise, tout s’accélérait tellement vite qu’une décision qu’on prenait le matin était déjà à remettre en cause le soir.

Nous avons été obligés de nous réorganiser au moins quotidiennement, voire de réaliser en 24 heures, ou parfois 12 heures, le passage d’une étape à l’autre qu’on avait prévu initialement sous 48 h. Au pic de l’épidémie, nous avions à peine le temps de déployer de nouveaux moyens de réanimation qu’ils étaient déjà occupés.

S-Mag : La décrue du nombre de patients covid-19 se confirme-t-elle aussi à l’hôpital Foch ?

C.C. : Le flux s’est stabilisé vers le 10 avril et ça redescend depuis le 15 avril. On enregistre très peu de nouveaux cas en réanimation à présent. On désarme progressivement. Un certain nombre de lits sont vides mais nous les conservons encore opérationnels en réanimation en cas de rebond de l’épidémie du fait du déconfinement. La pression est bien moins forte. Néanmoins, avec 40 lits armés, dont une trentaine encore occupés par des patients covid en réanimation, le périmètre de la Réa est toujours largement au- delà de ce qu’il est habituellement.

S-Mag : On a craint à un moment une raréfaction des curares et d’autres médicaments fabriqués en Chine, en Inde ou aux Pays Bas. Y-a-t-il eu pénurie ?

C. C. : On a eu énormément de craintes en effet et des tensions très importantes sur certains. Nous avons dû adapter nos protocoles d’administration de produit pour être le plus économe et vigilent possible, mais en pratique nous n’avons eu aucune rupture. Nous n’avons jamais manqué non plus d’équipements de protection des personnels, mais il a fallu changer plusieurs fois de fournisseurs, de types de masques ou de casaques… Actuellement on lave les casaques, on ne les jette plus.

S-Mag : Qu’est-ce qui est le plus coûteux ?

C. C. : Même si l’hôpital possède un équipement très moderne et assez complet, il a fallu des moyens matériels supplémentaires pour pouvoir développer le nombre de lits en réanimation. Et puis nous avons utilisé beaucoup de produits consommables et de médicaments, des heures supplémentaires du personnel… Tout cela représente un coût très important.

Nous gardons une organisation de crise. On ne reviendra pas à une organisation normale avant plusieurs mois.

S-Mag : Comment le personnel venant en renfort en service de réanimation est-il formé ?

C. C. : L’essentiel du redéploiement des personnels vers la réanimation s’est fait à partir des secteurs des blocs opératoires. L’anesthésie et la réanimation sont des spécialités assez proches. Les infirmiers ou les médecins qui travaillent habituellement en bloc opératoire ont une formation dans les deux domaines. Nous avons constitué des équipes mixtes encadrées ou supervisées par des infirmiers ou des médecins réanimateurs spécialisés en réanimation. On parle le même langage. Nous avons beaucoup de points communs.

Nous avons aussi délégué un certain nombre de tâches de mobilisation des malades (tout ce qui demande des bras) à des équipes notamment chirurgicales, mais aussi des tâches techniques, fibroscopies et autres, à des pneumologues ou à des chirurgiens, permettant à nos équipes de se reconcentrer sur nos tâches spécifiques. Ainsi, nous avons pu accueillir une centaine de patients en réanimation durant cette période, 180 si l’on compte aussi les soins intensifs.

S-Mag : Commencez-vous à décompresser ?

C. C. : Nous sommes toujours en situation très tendue en réanimation, largement au-dessus de notre régime habituel, avec encore une trentaine de patients covid extrêmement lourds, dont certains nécessitent énormément de moyens. Mais les organisations sont un peu stabilisées donc c’est moins pénible pour les équipes.

S-Mag : Quel est l’état physique et psychologique des équipes de l’hôpital ?
C. C. : Tous les congés ont été annulés. Certains n’ont donc pas pris de vacances depuis le 1er novembre quasiment ou Noël. En temps travaillé, les équipes paramédicales ont augmenté leur temps de travail d’environ 20 % en moyenne, mais avec une densité, une charge de travail et une charge émotionnelle majeures. Pendant 15 jours ou 3 semaines, les infirmières se « posaient » 5 ou 10 minutes pendant toute une journée, pas plus. Même chose pour les médecins. Travailler avec les équipements de protection est très fatigant, ça gène pour respirer, on a chaud…

Ça a vraiment été une période très difficile pour les personnels soignants. Nous sommes très sensibles aux manifestations de générosité et aux témoignages de soutien dont on a bénéficié depuis le début : gâteaux, dessins, petits mots… ça touche beaucoup les équipes.

Nous espérons que les gens vont vraiment respecter le confinement jusqu’au 11 mai, ne lâcheront pas trop avant, pour que la 2è vague, si elle doit survenir, arrive le plus tard possible et qu’on ait pu vider nos services de réanimation.

S-Mag : A titre personnel, il faut aussi rassurer la famille ?

C.C. : Ma femme fait à peu près le même métier et elle vit un peu la même chose à Paris. Comme on rentre le soir à 22 h, on évite d’en parler mais on échange parfois. La différence entre les médecins et les gens qui sont à l’extérieur de l’hôpital, c’est que nous ne vivons pas dans le fantasme. On est dans la réalité, nous l’affrontons, nous sommes actifs…

J’explique à mes enfants qu’il y a un risque, mais qu’on on peut contracter le virus aussi hors de l’hôpital. Certes, il y a des formes graves de covid-19, mais on en soigne tous les jours et la majorité des cas sont quand même bénins. Il n’y a donc pas d’angoisse particulière. Chacun vit cela à sa façon.

S-Mag : Comment appréhendez-vous le début du déconfinement ?

C. C. : Nous avons conservé une organisation pour être réactif en cas de rebond, avec des équipes plus fatiguées. Nous espérons que les gens vont vraiment respecter le confinement jusqu’au 11 mai, ne lâcheront pas trop avant, pour que la 2è vague, si elle doit survenir, arrive le plus tard possible et qu’on ait pu vider nos services de réanimation. Les lits sont encore très occupés. Nous gardons une organisation de crise. On ne reviendra pas à une organisation normale avant plusieurs mois. Comme certains le craignent, il est possible que l’on garde une circulation du virus pendant plusieurs mois en Europe.

 

« Des résultats préliminaires encourageants sur le Tocilizumab »

 L’hôpital Foch a participé à un essai thérapeutique sur le Tocilizumab qui s’est avéré avoir des effets très bénéfiques sur les patients atteints de covid-19.

«Nous avions des arguments pour penser que ce médicament qui contrôlait l’inflammation pouvait ralentir la progression de la maladie, explique le Dr Charles Cerf, Chef du service Réanimation de l’hôpital Foch, directeur médical de crise . C’est sur ces arguments là que quelques patients ont été traités avec des résultats préliminaires qui sont effectivement très encourageants. Il faut maintenant confirmer sur plus de patients et d’autres essais sont en cours, randomisés, qui confirmeront ou pas ces premiers résultats. On n’est pas encore en mesure d’affirmer que ce traitement est effectivement tout à fait efficace, mais il sera de toute manière nécessaire de préciser à quel moment il l’est, sur quels types de patients…

Il y a encore beaucoup de choses à faire. Le principal intérêt, a priori, s’il se confirme, c’est que c’est un médicament qu’on pourrait administrer précocement à des patients qui sont en train de s’aggraver, pour freiner la maladie et éviter que ça progresse jusqu’à la détresse respiratoire et la réanimation.

C’est une initiative des équipes de Foch, mais plusieurs équipes dans le monde et notamment en Italie et en France évaluent encore ce médicament. Comme toujours, en médecine, en sciences, il est rare qu’une seule personne ait une idée. On est plusieurs à penser que c’est une bonne idée et ensuite plusieurs vont le faire, plus ou moins vite.»

Recueilli par T. W.

Jacques Léglise, directeur général de l’hôpital Foch Suresnes

Depuis le 10 avril, on constate une décrue régulière

S’il demeure très attentif à l’évolution des chiffres de l’épidémie dans la région, Jacques Léglise constate que la décrue se confirme de manière significative à l’Hôpital Foch où désormais l’essentiel des patents reçus le sont pour des pathologies autres que le Covid-19.  Le directeur de Foch a écrit ce 29 avril au personnel et exprimé ses remerciements pour ce que chacun a fait à son poste afin de contribuer à l’excellence de l’établissement. Il dit aussi sa fierté de ce que les équipes médicales de Foch aient publié la semaine dernière les résultats du premier essai français qui ouvre un espoir de traitement du Covid pour éviter le passage en réanimation des patients qui s’aggravent.

Dans une seconde interview au Suresnes-Mag depuis le début de la crise, (après celle accordée le 25 mars)  il dresse un bilan de l’intense mobilisation du personnel soignant de l’hôpital suresnois qui aura bien besoin de repos dans les semaines qui viennent.

Propos recueillis le 24 avril 2020 par Thierry Wagner

Suresnes-Mag : On craignait une vague massive de patients covid-19 fin mars. Qu’en a -t-il été ?

Jacques Léglise : Le mur n’est pas arrivé mais nous avons dû, comme tous les hôpitaux d’Île-de-France, absorber une progression importante des besoins de lits de réanimation. C’est le vrai sujet des 2 derniers mois, pour les malades graves. L’Île-de-France a 1000 lits de réanimation en régime courant. Il a fallu en créer tous azimuts, dans le public et le privé, pour monter au plus haut de l’épidémie à 2800 lits. Nous-mêmes, à Foch, avons multiplié nos capacités de lits de réanimation par 4. Au lieu de 14 lits habituellement, nous sommes montés jusqu’à 56 lits de réanimation dont 48 en réanimation Covid auxquels s’ajoutaient 120 lits de malades Covid hors réanimation, tous occupés. Ça a été tendu.

S-Mag : Quelle est la situation à présent ?

J.L. : Nous avons reçu près de 600 personnes atteintes du covid. Tous, heureusement, n’ont pas eu besoin d’aller en réanimation. 90 % sont sortis guéris. La durée moyenne d’un séjour covid en réanimation est de 15 jours, mais ça a pu aller jusqu’à 3 semaines. En soins covid hors réanimation c’est plutôt 7 jours à l’hôpital. Depuis le 10 avril, on constate une décrue régulière et une chute très forte du nombre de patients touchés par le virus qui se présentent aux urgences. Petit à petit, les lits sont en train de se vider et on les désarme.

A ce jour (le 25 avril), nous avons encore 96 patients covid au sein de l’hôpital : 30 en réanimation et 66 en lits de soins covid. Nous avons eu un taux de passage en réanimation relativement faible en interne. Nous prévoyions 30 % sur la base des données de l’Italie et de l’Est de la France. A Foch, seulement 8,5 % des patients que nous avons traité en unité de soins covid-19 ont dû être transférés en réanimation. Le plus grand nombre des patients en réanimation arrivait de l’extérieur par les urgences ou en provenance d’autres hôpitaux.

A Foch, seulement 8,5 % des patients que nous avons traité en unité de soins covid-19 ont dû être transférés en réanimation.

S-Mag : Comment peut-on l’expliquer ?

J. L. : C’est beaucoup lié au fait que nous avons eu un essai clinique qui a eu des résultats excellents sur un médicament, le Tocilizumab habituellement utilisé en rhumatologie, sur lequel nos équipes avaient une forte intuition. Les équipes médicales de Foch ont ainsi publié la semaine dernière les résultats du premier essai français qui ouvre un espoir de traitement du Covid pour éviter le passage en réanimation des patients qui s’aggravent.

Les équipes de Foch sont lancées et mobilisées dans de très nombreuses recherches parmi lesquelles une étude clinique européenne sur les troubles de l’odorat et du goût liés au covid-19, coordonnée par notre médecin ORL au niveau de l’hôpital.

S-Mmag : Comment sortent les équipes de ces 8 semaines?

J. L. : On souffle parce qu’on désarme des lits, mais la fatigue est là et il faut absolument que dans les semaines et les mois à venir on puisse donner des repos aux gens pour qu’ils puissent réellement se remettre de cette vague qui a été particulièrement sévère. 10 % des agents de l’hôpital ont été contaminés. Cela touche toutes les catégories d’emplois.

S-Mag : Peut-on déjà noter des motifs de satisfaction et d’autres domaines à améliorer?

J. L. : C’est trop tôt ! Nous sommes encore dans la crise mais le système de santé, toutes catégories, s’est adapté de manière extrêmement plastique. Nous sommes passé en quelques semaine de 1000 à 2800 lits de réanimation en Ile-de-France. Personne n’aurait pensé avant qu’on aurait été capable de le faire. Cela montre l’adaptabilité de notre système de santé. A Foch, nous avons en permanence, jour après jour, tricoté et détricoté les unités, déménagé des lits, nous nous sommes adaptés en permanence à la croissance puis à la décroissance de l’épidémie.

Notre faculté d’adaptation est vraiment la grande leçon de cette crise. Il faut aussi souligner la très grande solidarité dont l’hôpital a bénéficié de la part de son environnement. Tous les jours on nous apporte à manger, des cadeaux de toutes sortes, des petits mots, des dessins… Cela a un impact énorme sur le moral de tous les soignants. Ils travaillent dans des conditions très compliquées, très éprouvantes psychologiquement et physiquement et le fait de sentir cette solidarité, cet engagement autour de l’hôpital, a vraiment fait chaud au cœur et soutenu le moral des équipes. Tout le monde me le dit.

Il faut que l’on conserve une capacité de réanimation plus importante que d’habitude jusqu’à l’été et que nous restions mobilisés à un niveau suffisant pour être capables de remonter en charge en cas de rebond de l’épidémie.

S-M: Comment appréhendez-vous le début du déconfinement progressif de la population ?J. L. : Nous sommes en train de travailler sur une énième adaptation de notre organisation pour établir un nouvel équilibre. Nous poursuivons notre désarmement des unités Covid, mais il faut que l’on conserve une capacité de réanimation plus importante que d’habitude jusqu’à l’été et que nous restions mobilisés à un niveau suffisant pour être capables de remonter en charge en cas de rebond de l’épidémie.

Et il faut par ailleurs que l’on recommence à prendre en charge un certain nombre de patients dont les rendez-vous ont été annulés parce que les autres maladies n’ont pas disparu pendant le covid-19. Certaines n’ont jamais cessé d’être prises en charge, comme le cancer, mais nombre d’interventions, qui ont été repoussées parce qu’elles pouvaient l’être, doivent maintenant être reprogrammées.

Il faut redémarrer toutes nos activités, et notamment les consultations, dans un contexte de sécurité absolue, pour qu’il n’y ait aucun risque de contamination par les uns et les autres, tout en permettant au personnel de prendre un indispensable repos après ce choc qui a mobilisé l’énergie de tous. Jusqu’à fin septembre, les activités programmées de tous nos services ne reprendront qu’a 50%. Ensuite nous verrons. Pour l’heure, on s’adapte, et nous gérons la suite des choses au jour le jour.

S-Mag : Où en est la collecte de fonds lancée par la fondation Foch début mars? 

J. L. : Cet appel de fonds a donné des résultats satisfaisants par rapport à ce que sont les dons d’habitude, mais ils restent très insuffisants par rapport aux conséquences financières assez lourdes que nous allons devoir supporter une fois la crise épidémique passée. Comme tous les hôpitaux, Foch va se retrouver avec un déficit structurellement accru. L’Etat va prendre en charge beaucoup de choses, il y a un énorme effort de sa part, mais il ne prendra pas tout en charge. Et comme Foch est un établissement privé (à but non lucratif, ndlr), nous sommes plus fragiles que les autres. Nous aurons besoin de relancer un appel au don et d’engranger un maximum de fonds parce qu’à la fin de l’année ce seront plusieurs millions d’euros qui manqueront dans les caisses de l’hôpital Foch.

S-Mag : En mars, votre principal défi était d’absorber le pic de l’épidémie. Quel est-il à présent ?

J. L : C’est comme quand on fait de la montagne. Monter c’est compliqué mais, finalement, beaucoup d’alpinistes vous diront que descendre est encore beaucoup plus compliqué que de monter. Nous sommes exactement dans cette phase là. Il faut que nous trouvions les bonnes organisations pour descendre et permettre à nos personnels de se reposer, c’est fondamental. Il va nous falloir, pendant de nombreux mois et jusqu’à la découverte d’un vaccin ou d’un traitement contre la maladie, apprendre à vivre avec le virus, et adapter très fortement l’organisation de l’hôpital à cette nouvelle réalité.

« Faire face aux ruptures de stock »

Il agit dans l’ombre mais est un des rouages incontournables de l’hôpital Foch. Avec la crise sanitaire, le rôle du service Pharmacie est encore plus crucial, notamment pour faire face aux ruptures de stock de ses fournisseurs. Témoignage de Corinne Dayot, une de ses cadres de santé.

Recueilli par Stéphane Legras, mardi 28 avril

« Le service pharmacie s’est lui aussi réorganisé. Nous échangeons en permanence avec les différents praticiens. Nous nous sommes en premier lieu immédiatement rapprochés du service réanimation pour identifier ses besoins spécifiques en dispositifs médico-stériles. Notamment tout ce qui concerne la sédation, lorsqu’il s’agit de mettre les patients en coma artificiel.

Nous avons commandé des quantités énormes de produit, et comme tous les hôpitaux faisaient la même demande, notre cheval de bataille a donc été de rechercher en permanence de nouveaux fournisseurs pour faire face à leurs ruptures de stock. Ruptures que l’on a retrouvées chez les fabricants de gels hydroalcooliques. Nous avons pallié cette pénurie en fabriquant nous-mêmes des litres de gel.

Notre cheval de bataille a donc été de rechercher en permanence de nouveaux fournisseurs pour faire face à leurs ruptures de stock.

Le service pharmacie a dû également se procurer beaucoup de produits d’antibiothérapie et de consommables pour les respirateurs ou pour les personnes dialysées puisque le virus peut avoir des conséquences sur les reins ou plus d’impact sur des personnes ayant d’autres pathologies. Nous avons en tout cas réussi à faire face à la demande de nos soignants. Nous avons aussi pu les fournir en produits tests, puisque l’hôpital Foch est un centre très important d’essais cliniques sur le traitement du Covid-19.

Plusieurs y sont menés actuellement, notamment par le Docteur Félix Ackermann, qui expérimente depuis plusieurs semaines le Tocilizumab, habituellement utilisé en rhumatologie pour éviter aux patients atteints du virus l’entrée en réanimation. Quant à la chloroquine, nos médecins l’ont finalement peu utilisée. Actuellement, nous sommes dans une phase de « surstockage » pour pouvoir faire face à une éventuelle seconde vague. Le service pharmacie est certes dans l’ombre, mais tout comme le personnel soignant, et à leurs côtés, nous avons une volonté sans limite pour gagner la bataille. »

En photo: Corinne Dayot, cadre de santé au service pharmacie de l’hôpital Foch, au centre, en pull ocre, avec à sa gauche, Brigitte Bonan, responsable du service. Elles sont entourées par toute l’équipe du service.

Interview : Claire Delon, directrice des investissements

“Nous ne travaillons plus dans l’urgence.”

Claire Delon a la responsabilité de gérer et adapter le matériel médical pour faire face à la crise sanitaire. Alors que le nombre de patients en réanimation à l’Hôpital Foch baisse, elle explique ce qui a contribué à permettre d’accueillir tous les patients dans les meilleures conditions possibles. Elle se félicite également du vaste élan de solidarité dont a bénéficié l’hôpital de Suresnes. Et parle d’avenir…


Propos recueillis par Stéphane Legras, le 22 avril

 

Suresnes-Mag : Qu’est-ce qui a changé pour vous depuis le début de la crise ?

Claire Delon:  En temps normal je suis en charge de l’achat et de la maintenance du matériel médical, des locaux, des travaux et de la sécurité. Je dirige une équipe d’une cinquantaine de personnes. Depuis le début de la crise, nous nous adaptons au jour le jour puisque nous avons tout d’abord accompagné la transformation des services en réaménageant les locaux pour isoler les patients Covid. Nous re-paramétrons par ailleurs les systèmes de traitement d’air pour qu’ils soient adaptés à leur pathologie et pour ne pas exposer les personnels. Nous sommes également chargés du réapprovisionnement du matériel biomédical (thermomètres, stéthoscopes) et nous épaulons nos collègues de la pharmacie er de la logistique qui s’occupent de l’approvisionnement en masques. Nous avons donc quelque peu décloisonné notre organisation pour répondre aux besoins de nos personnels d’autant que nos fournisseurs ne pouvaient parfois pas nous livrer assez rapidement. Ce fut un peu stressant au début mais grâce à notre esprit collectif nous avons réussi à accueillir nos patients dans les meilleures conditions possibles. C’est d’ailleurs une grande fierté pour Foch. A présent, on vit avec le virus, c’est presque devenu une habitude. Nous ne travaillons plus dans l’urgence.

S-M: Un exemple chiffré du défi que vous avez dû relever ?

C. D. : Il nous a fallu faire face à l’afflux de patients dans un contexte national de tension des approvisionnements. Mais nous avons réussi à passer de 14 lits de réanimation en temps normal à plus de 50 au plus fort de la crise, il y a une dizaine de jours. Et cela suppose beaucoup de matériel pour que le patient soit correctement pris en charge. Les équipes de Foch peuvent se féliciter d’avoir réussi à s’approvisionner en matériel, malgré le contexte, en temps et en heure, et à adapter les locaux. Depuis une semaine, nous sommes entrés dans une nouvelle phase où nous commençons à faire le chemin inverse puisque le nombre de patients en réanimation décroît.

Tout en restant très prudents puisque nous redoutons les effets du début du déconfinement, le 11 mai, nous avons entamé la réadaptation de certains locaux. La salle de réveil, qui accueillait 11 places de réanimation est par exemple revenue à son activité première même si nous n’avons pas encore repris d’activité chirurgicale programmée. Ce qui est sûr c’est qu’un plein retour à la normale n’interviendra pas avant des mois. Les deux types de pathologies, Covid et non Covid, continueront d’être traités en parallèle. Nous devrons donc continuer à trouver des solutions nouvelles pour faire face à cette crise sans précédent. Ainsi pourrait-on imaginer des portiques à l’entrée de l’hôpital afin de prendre la température des personnes entrant dans l’établissement.

S-M: Comment avez-vous perçu les réactions de la population ?

C. D. : Il y a eu un formidable élan de solidarité de la part des élus, des commerçants et des habitants. Nous recevons des dons en permanence. Jamais je n’aurais imaginé qu’il y aurait tant d’entraide. Cela a fait beaucoup pour le moral des troupes. Je peux citer l’enseigne Décathlon nous a offert 25 masques de plongée que nous utilisons pour l’oxygénation. La pénurie de matériel nous a poussés à nous dépasser et un esprit de solidarité s’est imposé entre nos fournisseurs habituels et nous, la fonction commerciale s’estompant ! Certains nous ont ainsi prêté des respirateurs ou des pompes à nutrition. Les équipes de l’hôpital ont su être créatives et innovantes pour se jouer notamment de certains carcans administratifs, comme les marchés publics, pour pouvoir aller vite. On a parfois puisé dans des stocks de matériel de dépannage ou destinés à la formation. Et cela nous fait prendre conscience de notre rôle dans le support aux soins, pour faire en sorte que cela se passe le moins mal possible. Enfin cela a encore plus soudé les différents acteurs de l’hôpital : la direction, le personnel technique, les praticiens… Cela nous a rapprochés pour gagner cette guerre. Et je suis confiante. Nous allons la gagner.

Coordination paramédicale: ça déménage!

Les équipes de l’hôpital Foch se réorganisent en permanence pour faire face à l’afflux de patients atteints par le Covid-19. Sous la houlette d’Adeline Catherineau, cadre supérieure de santé, des unités sont fermées, d’autres regroupées, pour faire de la place et ajouter des lits Covid et de réanimation. La mobilisation de tous les personnels est totale.

Texte : Stéphane Legras

Mis en ligne lundi 6 avril

« Rappelez-moi à 11h30, là je suis en pleine organisation d’un déménagement ! » Adeline Catherineau, cadre supérieure de santé, directrice adjointe des soins en charge de la coordination des équipes paramédicales (infirmières, aides-soignantes, kinésithérapeutes, orthophonistes…), a du pain sur la planche et sait le dire en toute affabilité.

On se rappelle donc. « Nous fermons les unités de patients programmés, pour qui il n’y a pas d’urgence, pour pouvoir monter en charge dans l’accueil des personnes atteintes de Covid-19 et qui nous sont envoyées par les urgences ou d’autres établissements hospitaliers », explique-t-elle. Concrètement, pendant la crise actuelle, elle supervise l’ouverture d’unités dédiées aux personnes atteintes par le virus, avec des lits classiques mais aussi des places de réanimation. Elles fonctionnent avec du personnel mutualisé. Elles sont donc installées à la place des unités fermées ou lorsque des lits ont été dégagés quand deux spécialités ont été regroupés. « Nous venons par exemple de rassembler les chirurgies thoracique et digestive ce qui nous a permis de dégager 27 lits Covid », illustre la cadre supérieure de santé.

44 lits de réanimation Covid

Pour cela elle peut s’appuyer sur les équipes de l’hôpital, médicales ou non. « Notre organisation est très pyramidale, détaille-t-elle. Je ne coordonne pas toute seule et peux m’appuyer sur les cadres de santé des services, ou mes collègues cadres supérieurs. » Un des objectifs étant la prise en charge optimale des personnes atteintes par le Covid-19. Pour cela une cellule de crise se réunit régulièrement et décide de l’orientation des jours à venir. « Mais ce n’est pas toujours facile de coordonner tous les plannings sans oublier que nous devons prendre en compte le matériel disponible », reconnaît Adeline Catherineau. Pas facile, mais pour l’instant réalisé puisque pour  Foch fait face à l’afflux grandissant de patients. Le vendredi 3 avril en fin de matinée on comptait 146 personnes atteintes par le Coronavirus soignées dans l’établissement suresnois.

« Nous nous adaptons au jour le jour et essayons d’anticiper au maximum. Pour l’instant nous avons 3 jours d’avance et pouvons compter sur des personnels extrêmement mobilisés, volontaires. Certains n’hésitent pas à revenir travailler même s’ils étaient en repos. Et cela concerne tous les personnels, soignants, mais aussi les brancardiers, la restauration, la logistique ou les services techniques. » Volontaires et souples puisque des soignants qui seraient déjà passés dans des services de réanimation dans leur carrière, peuvent être amenés à être redéployés sur les lits de réanimation créés actuellement. A la même date, l’hôpital disposait de 44 lits de réanimation Covid, 8 ayant été rajoutés dans la nuit de jeudi à vendredi, et 8 lits de réanimation non Covid, contre une trentaine au total en temps normal.

D’un point de vue plus personnel, cette dynamique semble aussi contribuer à ce qu’Adeline Catherineau ne rejoigne pas l’hôpital la boule au ventre, d’autant que pour l’instant son personnel dispose de suffisamment de matériel de protection, à commencer par les masques, et que les consignes sont respectées. « Nous sommes là au cœur de notre métier, assure-t-elle. Cela renvoie à nos valeurs professionnelles… »

Marie Ballester, cheffe du service, explique comment les soignants font front

Les urgences de Foch réorganisées

Mis en ligne vendredi 3 avril

La vague de patients redoutée aux urgences pour le week-end du 29 mars n’est pas survenue. « Le dimanche était plutôt calme, même moins chargé que le vendredi. Il y a eu du flux mais nous nous attendions à pire », confirme Marie Ballester, cheffe du service des Urgences de l’hôpital Foch depuis 2017. Ce lundi aussi est « normal, plutôt fluide : des suspicions de covid, des pyélonéphrites, des prostatites, des confusions, des patients psychiatriques… » ajoute-t-elle, en précisant néanmoins que le rythme des arrivées dans le nouveau « canal covid » mis en place ne ralentit pas.

Habituellement, les urgences sont organisées en deux secteurs distincts, un pour les urgences « urgentes » et un autre pour les cas plus légers. Depuis le début de la pandémie, les Urgences de l’hôpital suresnois ont réorganisé les deux canaux : un secteur pour tout ce qui n’est pas « covid » et un autre pour le « potentiellement covid » dans lequel le personnel est équipé particulièrement et où l’on s’occupe des patients avec la protection optimale. « C’est dans ce secteur que sapeurs-pompiers et Samu conduisent les patients « covid » graves et que l’on accueille les personnes amenées par des ambulances qui ont été régulées par un médecin en ville ou par le Samu », explique la cheffe des Urgences dont les effectifs ont été renforcés.

Gérer toutes les urgences

D’ordinaire, 30 % des personnes qui viennent aux urgences sont hospitalisées. Ce ratio d’une personne sur 3 ou 4 selon la période n’a pas augmenté malgré l’épidémie de coronavirus car, avec le confinement imposé depuis le 17 mars, le flux des urgences « non covid » a diminué. « Les gens sont chez eux. Il y a donc moins d’accident de sport, d’accident de la route, d’accidents professionnels. Et puis les gens ne viennent plus aux urgences comme d’habitude pour des otites ou des angines ou parce qu’ils n’ont pas de médecin traitant en ville. Ceux-là ont compris le message et restent chez eux. C’est une bonne chose », se réjouit Marie Ballester. « Les personnes qui arrivent aux urgences présentent vraiment un caractère d’urgence. Il y a toujours des infarctus, des AVC, et nous constatons aussi, confinement oblige, une hausse des accidents domestiques et de bricolage ».

Du côté du secteur Covid, la cheffe de service constate une évolution du profil des patients. Au départ, le secteur Covid de l’hôpital prenait surtout en charge des patients âgés. Mais à présent les urgences voient arriver des cas plus graves et plus jeunes, et même un jeune de 20 ans ce lundi matin. « Les unités Covid de l’hôpital ont été montées il y a plus de trois semaines. Il y a eu beaucoup de passage et beaucoup de patients sont déjà ressortis. Certains sont passés en réanimation, bien sûr. Nous avons eu des décès aussi, » poursuit le Docteur Ballester.

« Voilà pourquoi le seul message à faire passer et à répéter encore est, regardez notre photo : RESTEZ CHEZ VOUS AU MAXIMUM. Respectez le confinement. C’EST TRES TRES IMPORTANT ! » Marie Ballester, cheffe du service des Urgences de l’hôpital Foch

Jusqu’à présent, le service de réanimation n’a pas encore été submergé (lire dans ce dossier l’entretien avec Jacques Léglise, directeur général de l’hôpital Foch) et l’hôpital crée sans cesse de nouveaux lits de réanimation pour les patients covid 19. Mais d’autres inquiétudes se font jour.

Si le stock de masques a diminué dangereusement au début, la situation semble s’être stabilisée. Les commandes de surblouses et de gants vinyles devraient arriver à temps. Les livraisons d’oxygène s’enchaînent bien. Mais, ici comme dans les autres hôpitaux de France, certains médicaments de sédation commencent à se faire rares pour la réanimation.

 Préserver le moral

Marie Ballester sait que dans un tel contexte, il est indispensable de veiller au soutien moral de ses équipes. Une cellule a été mise en place avec les psychiatres et les psychologues de l’hôpital, une hot line téléphonique est disponible, les psys organisent des réunions tous les deux jours avec les équipes, une psychologue du travail passe régulièrement.

« Moi-même, j’organise une réunion tous les jours avec le paramédical pour voir comment ça va, s’ils ont des questions, pour les écouter. Nous essayons de les informer le plus possible et de leur projeter que nous devrons peut-être passer en mode médecine de catastrophe à un moment donné. A Foch, nous travaillons encore correctement, mais nous pourrons aussi être dans l’obligation de passer en mode dégradé qui nous conduira à faire des choix drastiques. On passe alors en médecine de catastrophe et la question du tri des patients se pose. Nous devons aussi nous préparer psychologiquement à cela », confie la responsable, gorge serrée.

« A priori, quand on choisit ces métiers, ce n’est pas forcément pour avoir à prendre ces décisions. Notre métier c’est de sauver les gens et de les sauver tous, quoi qu’il arrive. Là, la situation à venir va peut-être nous obliger à faire des choix. »

 

Dédiée aux autres chaque jour de la semaine, comment gère-t-on l’inquiétude pour ses proches et celle qu’ils vous renvoient ? « Être au travail, dans le feu de l’action, me permet de ne pas trop y penser, » répond Marie Ballester. « Quand je rentre, je vois mes enfants, mon mari qui lui aussi est médecin, on essaye de ne pas trop en parler, mais on a toujours une petite inquiétude au fond de soi, peur de contaminer les siens. On pense à ses parents, comme tout le monde. On essaye de ne pas trop le montrer pour ne pas faire peur aux autres. »

« Tant qu’on n’a pas les symptômes on continue de soigner. »

A 26 ans Charlotte Werkmeister exerce depuis deux an et demi comme infirmière en équipe de nuit aux urgences de l’Hôpital Foch, un service qu’elle a choisi « car c’est la porte d’entrée de l’hôpital », « une école de l’autonomie et une source d’expérience professionnelle unique ». Mais sans imaginer, alors, l’ampleur du combat qu’elle doit mener aujourd’hui face au Covid 19. Témoignage.

Recueilli par Arnaud Levy, vendredi 27 mars 

« Au début nous aussi on a cru qu’il ne s’agirait que d’une grosse grippe. La mise en marche a été compliquée. Aujourd’hui on manque toujours de recul, on n’a pas de certitudes. Nous aussi on vit cette situation au jour le jour

Il y a du stress, on essaie de ne pas céder. On se demande  quand on verra le bout, quand le confinement commencera à faire son effet.

Nous nous sommes mis en retrait dans notre vie sociale bien avant les annonces présidentielles: on a commencé à éviter  les déplacements et limiter les  contacts avec notre entourage par précaution.

On effectue des gardes de douze heures, cinq jours par semaine suivies d’une semaine de deux nuits, mais on sait qu’on peut être réquisitionnées en permanence. Les jours de repos et les vacances sont suspendus.

On était déjà éprouvées par le manque de personnel et de moyens  de l’hôpital et on a pris la vague dans un état de fatigue avancé. On tient parce qu’on  est une profession solidaire mais on se demande parfois jusqu’à quand ?

Le manque de matériel de protection et d’hygiène (masque, gants, sur-blouse) rajoute à la difficulté : il faut gérer des stocks sous tension tout en palliant au manque de personnel.

 Tout le monde ne nous parle que de ça évidemment. Nos proches nous appellent, nous interrogent mais nous aussi on est dans l’incertitude…

Ce contexte nous ramène parfois aussi à notre exposition : on est aussi confrontées à la crainte de tomber malade. On sait qu’on est exposées par nos contacts permanents avec la maladie. Mais tant qu’on n’a pas les symptômes on continue de soigner.

On sait qu’à Suresnes, on n’est pas encore en haut de la vague. On s’y prépare.

Avant il y avait un coté du service réservé aux grosses urgences, et l’autre aux cas moins sévères. Aujourd’hui on fait le tri entre les suspicions de coronavirus et les patients qui ne semblent pas suspects.

Mais on n’a pas de certitudes et c’est compliqué à gérer. Tout demande beaucoup d’attention de chaque instant : aux signes cliniques, au ménage et aux règles d’hygiène et de protection, au tri, à l’organisation, à l’exposition aux patients…. C’est cette accumulation qui cause un surcroît de fatigue.

Restez chez vous au maximum pour renforcer nos possibilités de faire face, de ne pas avoir à faire un choix entre les patients. Je ne veux pas faire de médecine de guerre comme je sais que d’autres infirmières ont dû le faire.

En même temps il nous faut savoir écouter, rassurer, faire preuve de pédagogie vis à vis  des patients et de leurs proches à qui l’on demande de ne pas se rendre sur place et qu’on essaye de rassurer et d’informer par téléphone le plus souvent.

 Il faut savoir aussi faire respecter le confinement, repousser les consultations trop bénignes qui continuent d’arriver.

On sent le poids de la responsabilité. Il faut gérer ça, éviter les gros coups de stress, garder notre sang froid et notre esprit d’équipe tout au long de ces longues douze heures  service

On doit être en alerte permanente face à cette épidémie sans négliger pour autant les autres pathologies et les autres risques.

Le message que je voudrais faire passer est le même que celui de tout le monde médical: restez chez vous au maximum pour renforcer nos possibilités de faire face, de ne pas avoir à faire un choix entre les patients. Je ne veux pas faire de médecine de guerre comme je sais que d’autres infirmières ont dû le faire.

Et puis dans ce tableau les marques de solidarité, les applaudissements, nous remontent le moral. On est touchées par tous ces gens qui nous ont adressé des messages, des dons, qui  ont multiplié les petits gestes de soutien de toute sorte. Ça fait plaisir et surtout ça nous donne envie de continuer à lutter ».

“Vous voulez sauver des vies? Protégez vous.
Vous voulez sauvez des vies? Restez chez vous.”

Kevin Albucher, Suresnois, est infirmier en réanimation à l’Hôpital Foch. Son texte a été publié sur le groupe Facebook “Tu sais que tu viens de Suresnes quand…” 

Nous le reproduisons ici avec son accord.

Pour beaucoup les soignants ne font que piqûres à la pelle
Voilà pour vous une petite  piqûre de rappel

Les soignants sont bien  plus importants qu’on ne l’imagine
On ne pourra jamais les remplacer par une machine

En sous-effectif, ils gèrent bon nombre de patients, faut-il s’y faire?
Doivent-ils les enchaîner comme des articles pour une caissière?

Pour vous  les soignants retroussent leurs manches
Ils ne sont pas visibles , pas de gilet jaune mais une blouse blanche

Ils gèrent des situations d’urgence, ils peuvent vous sauver la vie
Il faudrait les voir travailler pour comprendre et sur eux vous changeriez d’avis

La plupart d’entre vous ne mettrait pas un ongle oú ils mettent les pieds
Les soignants sont simplement  des personnes qui aiment leur métier

Les soignants ont toujours des histoires à raconter et vos cœurs s’emballent
Tant ils vivent des situations invraisemblables

Ils travaillent 12 heures par jour, souvent en quête de sommeil
C’est eux qui seront  là pour vous durant les fêtes de Noël

Les soignants sont encore là pour vous durant la pandémie
Le virus se propage, en réa ils n’ont jamais vu autant de lits

En allant travailler ils savent qu’ils sont exposés
Donnez-leur les moyens, ils ne veulent pas exploser

Les jours prochains les soignants seront mis à rude épreuve
Seuls des ignorants n’y croient pas, faut-il leur en apporter les preuves?

Ils feront tout ce qu’ils pourront pour soigner les patients  COVID,
malgré le manque de matériel. Les réserves de masques? Aussitôt vides

Leur charge de travail est lourde , il leur faudrait des renforts supplémentaires
Ils étouffent  mais sachez que votre soutien est un supplément d’air

Corona ta forme est une couronne et tu planes au-dessus de nos têtes
Nous sommes de fait rois et reines, alors on exige que tu écoutes notre texte

Vous qui lisez ces mots vous êtes nos confidents
Et l’on vous demande de respecter le confinement

Vous voulez sauver des vies? Protégez-vous
Vous voulez sauvez des vies? Restez chez vous

Si nous faisons ce métier c’est que nous aimons  les gens
Un peu de considération pour que nous continuions à mettre les gants

Nous sommes dévoués pour prendre soin des patients
Nous gardons espoir qu’un jour, on prendra aussi soin des soignants.

 

Interview: Jacques Leglise, Directeur de l’Hôpital Foch

 « Nous nous adaptons en permanence »

« La vague » de patients atteints du coronavirus attendue dans les hôpitaux d’Île-de-France le week-end dernier ne s’est pas (encore) présentée. Jacques Léglise, directeur général de l’hôpital Foch, fait le point sur la situation avec Suresnes mag, 

Propos recueillis par Thierry Wagner, lundi 30 mars 2020.

Suresnes-Mag : Quelle est la situation à l’hôpital Foch après 20 jours de crise liée à l’épidémie de coronavirus ?

Jacques Léglise : Nous sommes intégrés au dispositif Covid depuis le 11 mars. Au début, le dispositif prévoyait que les patients covid que nous détections étaient renvoyés vers des hôpitaux parisiens de niveau 1 : Bichat et la Pitié-Salpêtrière. Aujourd’hui, nous prenons en charge ces patients à Suresnes.

 

S-M: Quelles sont les principales adaptations que vous avez dû mettre en place ?

J. L. : Nous avons petit à petit reconverti une grande partie de nos lits en « lits covid » et nous avons quasiment triplé nos capacités de lits de réanimation. Nous en avons habituellement 14. Aujourd’hui nous sommes à 34 lits de réanimation uniquement « covid » et une douzaine de lits de réanimation « non covid » parce que nous continuons à accueillir des patients pour des urgences, notamment des AVC, des infarctus, etc.

Nous avons fermé une partie des lits de certains secteurs puisque nous n’avons plus la grosse activité chirurgicale programmée de l’hôpital. Et nous en avons converti une partie en lits « Covid ». Nous avons ainsi redéployé des personnels vers une unité « covid 19 » créée spécialement. Nous avons à peu près en permanence 120 malades en lits « covid », hors réanimation.

Nous étudions le moyen d’ouvrir une vingtaine de lits supplémentaires de réanimation « Covid » dans la semaine pour arriver à faire face à la montée en puissance de l’épidémie sur la région Île-de-France.

S-M: La « vague », que l’on redoutait pour le week-end du 28 mars, n’est donc pas encore arrivée ?

J. L. : Il y a eu une progression de l’activité le week-end dernier mais il n’y a pas eu un mur brutal. Néanmoins, ça continue à croître et la région a d’ores et déjà dépassé ses moyens habituels de réanimation. En temps normal, il y a 1100 lits de réanimation dans la région. On est à 1600 malades en réanimation à ce jour en Île-de-France. Les patients y sont généralement pour 3 semaines. Il y a une bonne collaboration entre toutes les catégories d’hôpitaux et ça se passe très bien dans les Hauts-de-Seine.

Plus on arrivera à faire en sorte de ne pas avoir affaire à un mur, c’est-à-dire 200 ou 300 patients à mettre en réanimation d’un seul coup, mais 50 de plus chaque jour, plus nous arriverons à faire face. Parce que des patients entrent en réanimation mais d’autres en sortent aussi. Quelques-uns décèdent mais la plupart guérissent.

 

Avez-vous eu à gérer des pénuries de masques pour le personnel, de gel, de surblouses, de certains médicaments ou de matériel ?

J. L. : Nous n’avons pas eu de pénurie de masques mais nos stocks fondaient dangereusement la première semaine, puis c’est rentré dans l’ordre. Nous n’avons pas de problèmes sur les masques et le gel. Nous commençons à avoir des difficultés sur les blouses car nous consommons tellement que les fournisseurs n’arrivent plus à nous livrer. Nous sommes en train de chercher de nouveaux fournisseurs. Pour les médicaments, il commence à y avoir sur la Région parisienne une difficulté à s’approvisionner sur certains médicaments pour la réanimation et nos médecins repassent à des techniques avec des gaz halogénés plutôt que des sédatifs en intraveineuse.

S-M: Comment s’en sortent vos équipes ?

J. L. : On essaye de s’adapter. Les équipes sont très investies. L’absentéisme est relativement faible si ce n’est lié à la maladie puisque, naturellement, nous sommes nous-mêmes touchés par le virus. Selon l’intensité des symptômes, les arrêts de travail peuvent être d’une semaine ou 15 jours, voire plus. Nous avons beaucoup travaillé à redistribuer les effectifs de l’hôpital. Nous sommes très attentifs à ne pas épuiser nos personnels depuis le premier jour. Nous avons préféré mettre des gens en confinement à la maison, fermer des unités, de manière à avoir des « réserves fraîches » qui viennent prendre la relève de ceux qui peuvent être obligés de s’arrêter soit en maladie soit pour des raisons de fatigue. Par ailleurs nous avons fait appel à des volontaires de la réserve sanitaire qui nous ont rejoint pour renforcer l’hôpital.

S-M: Quel est le moral des équipes de Foch?

J. L. : Une équipe de psychologues fait du soutien psychologique. Ce qui soutient aussi beaucoup le moral des troupes ce sont toutes les manifestations et témoignages de solidarité que nous recevons en très grand nombre, des gens qui tous les jours nous apportent des pâtisseries, des viennoiseries, un food truck est venu dernièrement faire des crêpes… quelques exemples de toutes ces choses qui soutiennent le moral des troupes. Il y a un vrai mouvement de solidarité vis-à-vis de l’hôpital.

Pouvez-vous encore accueillir des cas sévères en réanimation Covid ?

J. L. : Il nous reste deux places aujourd’hui mais nous allons ouvrir 10 lits de plus demain mardi et probablement 10 de plus dans quelques jours.

S-M: Est-ce vrai que les malades de plus de 75 ans ne seraient plus admis en réanimation en Ile-de-France ?

J. L. : C’est faux. Il peut toutefois arriver que, compte tenu de l’état général de certains patients présentant d’autres facteurs de comorbidité, on décide de ne pas les mettre en réanimation et leur faire subir des traitements très invasifs. Le bénéfice d’une réanimation est toujours posé quand on a quelqu’un dont l’état est vraiment très dégradé. C’est l’état général du patient qui intervient, pas sa date de naissance. L’hypothèse qu’en région Ile-de-France, aujourd’hui, on n’admettrait plus les patients de plus de 75 ans en réanimation relève pour moi de la légende urbaine.

S-M: Le confinement demeure le meilleur moyen d’étaler le flux des patients et d’éviter la question du « tri » des malades ?

J. L. : C’est ce que disent tous les médecins. Plus on arrivera à faire en sorte de ne pas avoir affaire à un mur, c’est-à-dire 200 ou 300 patients à mettre en réanimation d’un seul coup, mais 50 de plus chaque jour, plus nous arriverons à faire face. Parce que des patients entrent en réanimation mais d’autres en sortent aussi. Quelques-uns décèdent mais la plupart guérissent. Plus on gagne du temps, plus nous sortons des patients guéris de nos lits de réanimation qui deviennent libres pour admettre des patients plus graves. Le vrai sujet de préoccupation, c’est celui des lits de réanimation. Pour les patients qui ont des affections qui nécessitent une hospitalisation sans réanimation il n’y a pas de problème sur la région Île-de-France pour le moment. Il y a encore suffisamment de lits et largement. A Foch, on reconvertit les lits et on peut en ouvrir au fur et à mesure. S’il faut en ouvrir 20 ou 30 de plus demain, ce n’est pas compliqué.

S-M: Comment le personnel de l’hôpital est-il testé ?

J. L. : Ceux qui ont des symptômes sont testés et arrêtés autant que de besoin. Nous avons des arrêts nécessairement. Les soignant sont comme les autres. Pour l’instant, nous arrivons à gérer les arrêts de travail grâce à la réduction de voilure que nous avons entreprise en fermant des lits dans certains services, et au fait d’avoir mis des gens de côté pour les préserver. Nous arrivons encore à compenser ces arrêts.

S-M: Y -a-t-il eu des décès de patients à l’hôpital Foch du fait du Coronavirus ? Quel message pouvez-vous adresser aux Suresnois ?

J. L. : Bien sûr. Nous avons eu aussi des décès de patients covid 19. Le message est le même que celui que nous font passer les pouvoirs publics : Restez chez vous, respectez les règles de confinement. Il faut attendre que cette crise sanitaire soit passée.

S-M: Quel est le principal défi que vous devez relever aujourd’hui ?

J. L. : Savoir à quel moment on sera au pic de l’épidémie et si à ce moment de l’épidémie on aura suffisamment de moyens pour accueillir les patients en réanimation. C’est une lutte dans la région Ile-de-France entre la montée des besoins et l’adaptation du tissu hospitalier pour créer davantage de lits de réanimation.

L’Hôpital Foch en appelle à la générosité

L’Hôpital Foch est l’hôpital de proximité pour tous les Suresnois.

Dans la crise sanitaire du Covid 19, tout son personnel est mobilisé avec un engagement admirable pour soigner les malades et préserver notre santé à tous. Ils méritent protection et soutien de de la part de tous.

Des mesures exceptionnelles ont été prises par l’hôpital pour faciliter le dépistage et accueillir le plus de patients possibles en réaménageant les services. Des décisions d’organisations ont également été arrêtées pour protéger les personnels de toute contamination et faciliter dans la mesure du possible leur vie quotidienne au cours de cette période.

Les dons récoltés serviront avant tout à soutenir le personnel médical. L’Hôpital Foch triple actuellement sa capacité d’accueil en réanimation… Il faut pour cela à la fois renforcer les équipes, mais également faire l’acquisition de matériel spécifiques à l’instar de respirateurs pouvant atteindre 35K€ pièce, mais également d’équipements comme les surblouses, gants, stéthoscopes, etc.

Pour faire face à cette crise inédite, l’Hôpital Foch estime ses besoins immédiats à 200 000 euros. 

Il doit débloquer de toute urgence davantage de moyen et dans cette épreuve exceptionnelle il lance une levée  de fonds exceptionnelle…

Si vous voulez aider l’Hôpital Foch, les soignants qui travaillent sans relâche et la recherche, chaque don comptera.

Partagez l'article :