SURESNES CITES DANSE, Métissage et virtuosité

janvier 2019

DU 11 JANVIER AU 3 FEVRIER
Préparez-vous à voir la vie plus belle. Cette 27e édition met en vedette des chorégraphes qui ont l’art d’ouvrir les frontières pour inventer un objet dansant singulier. Il y a ceux qui viennent d’ailleurs, riches d’une culture qu’ils insufflent à leur écriture hip hop. Et puis, il y a Josette Baïz dont le langage se nourrit de toutes les cultures. Texte : Françoise Louis-Chambon. Photos : Dan Aucante

la finale 2 - Josette Baïz. photo Dan aucanteLa chorégraphe Josette Baïz qui a fait du métissage la marque de fabrique de la compagnie « Grenade » explore, depuis 1992, les ressorts du dialogue entre classique, contemporain, hip hop, danses africaine ou orientale; Elle ouvre le festival – « un lieu d’échanges et de rencontres » comme elle les aime – avec une création joyeusement débridée, une pièce qui claque et frétille comme les baskets de ses jeunes interprètes. Elle les a choisis pour leur talent, leur spécificité technique et leur capacité à se mettre en danger sans flancher. Parce que, pour remporter « La Finale », il leur faudra d’abord disputer la compétition ubuesque que leur inflige un individu fantasque et incohérent. Pour répondre à ses injonctions, chacun va dégainer son arme favorite, qui, le popping, qui, les claquettes, qui encore, le break, le contemporain, le smurf ou le krump… Ce concert de prouesses va créer un « dérapage chorégraphique jubilatoire » attisé par la musique de Thierry Boulanger et l’humour de huit fantastiques danseurs, par ailleurs excellents comédiens.
La Finale, Josette Baïz 11 au 13 janvier

EUROPE-AFRIQUE-ANTILLES
Quel rapport entre le quadrille et le hip hop, le djembé et l’accordéon ? La « créolisation du monde », répond Chantal Loïal qui, avec sa dernière création, revisite la formule de Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée… » tout se métisse. À la tête de la compagnie Difé Kako, la chorégraphe guadeloupéenne scrute depuis vingt ans les pratiques chorégraphiques du « triangulaire Europe-Afrique-Antilles » et leurs interactions. Cette fois elle zoome sur les danses sociales, leurs codes et les migrations qui en ont influencé le vocabulaire. « Cercle égal Demi cercle au carré », invite à un voyage dans l’espace et le temps, à la rencontre insolite de la « haute taille » -importée au 18e siècle par les colons en Martinique – du ragga, de la mazurka ou de la biguine avec les danses urbaines du 21e siècle. Sur des musiques traditionnelles ou contemporaines, en cercle ou en carré, neuf danseurs de tout âge, et cinq musiciens croisent les fils de la tradition et de la modernité pour tisser un spectacle intergénérationnel, intemporel et vivifiant.
Cercle égal demi cercle au carré Chantal Loïal, du 12 au 16 janvier

Salim Mzé Hamadi Moissi et Hakeem H. Ibrahim se partagent l’affiche de Cités danse connexions #1, avec cette même envie de transmettre des valeurs et de porter la parole des Comores aux quatre coins du monde. Avec « Soyons fous », le fondateur de la compagnie Tche-Za, la première compagnie de hip hop aux Comores et leader du mouvement krump en Afrique, appelle à la révolte. Parce qu’il est urgent de « faire bouger les lignes », il exhorte ses compatriotes à oser réinventer leur quotidien. Pour convaincre, ses quatre danseurs n’ont qu’une seule arme, leur corps, mais il s’avère éloquent. Ils « dansent le changement » avec l’énergie du hip hop mâtiné de contemporain et « font les fous » avec un enthousiasme libérateur.
Même combat mais autre motif pour Hakeem H. Ibrahim, qui noue un dialogue subtil avec la lumière. Amie ou ennemie ? « Jusqu’à L » met en danse ce vrai-faux pas de deux entre le corps de l’homme habitué à jouer les vedettes et celui d’une lumière rebelle qui « refuse de le glorifier ». Omniprésente sur le plateau, jaillie d’une bougie ou d’un projecteur, elle bouscule son partenaire, le pousse à la reddition parce qu’elle entend « vivre par elle-même », voire le remplacer. Un propos moins surréaliste qu’il y paraît à l’heure de l’essor de l’intelligence artificielle et des folles ambitions de ses gourous californiens.
Jusqu’à L, Akeem H. Ibrahim,
Soyons Fous, Salim Mzé Hamadi Moissi
19 et 20 janvier

Soli2

INCROYABLES TALENTS
Après deux ans d’absence, les Rencontres Hip Hop reviennent régaler le public suresnois avec un trio de choc. Trois chorégraphes emblématiques, bien connus des festivaliers vont se succéder sur scène pour rivaliser de créativité.
C’est Anthony Égéa qui ouvre le bal avec « Soli2 ». Perchée sur des talons aiguilles, une silhouette cambrée, une ravissante créature… Mais la voilà qui joue les toreros, prête à planter ses banderilles, ou les femmes voiléesdévoilées… Du haut de ses escarpins, Emilie Schram défie la gestuelle hip hop avec l’aplomb d’une guerrière et l’élégance d’une funambule. C’est aussi du contraste que naît l’accord parfait du duo « Addiction ». Danseur « hors normes », Junior Bosila se distingue par sa puissance, la danseuse grecque Kalliopi Tarasidou, par sa grâce. En fait, tout les oppose. Mais le breaker et la reine du popping vont se rejoindre dans une addiction commune, la danse virtuose, et se nourrir du meilleur de l’autre. Dans la lignée de « Rouge » et de « Rock it Dady », Mickaël Le Mer continue de conjuguer les divergences pour inventer une nouvelle euphonie. « Crossover » mêle les codes du hip hop avec ceux de la danse contemporaine et cultive cet art du croisement, qu’en guise de final, les huit danseurs inviteront le public à partager sur le plateau.
du 25 au 27 janvier.

PARTENAIRES PARTICULIERS
Pionniers de la danse jazz-rock, les trois piliers de la compagnie Original Magik Step, attachés à leurs racines guadeloupéenne, congolaise et kabyle, avaient déjà mis le feu à la salle Aéroplane en 2013 avec « No limit no time ». Ils y incarnaient trois hommes ordinaires confrontés à des obstacles dont leur folle énergie finissait par triompher. Cette fois, Jean-Claude Marignale invite de nouveaux comparses à rejoindre Richard M’Passi et Moussa Setouane pour écrire la suite de l’histoire. Issus d’autres univers,
porteurs d’une autre culture, ils apportent leur propre sensibilité et des couleurs complémentaires dont le groupe va faire son miel. « Répercussions », percute joyeusement les genres pour amener le malambo de l’Argentin Fermin Juarez, la tap dance de la Franco-américaine LeeLa Petronio et le hip hop du surdoué des battles, Kwame Bâ, à donner la réplique aux jeux de jambes des trois danseurs virtuoses. Un show de haute volée, rythmé par la pureté des voix traditionnelles argentines, la puissance du son jazz-rock de Victor Wooten, le tempo de la musique électro et l’intensité des percussions corporelles. Où l’on vérifie que l’harmonie peut naître de la différence si l’excellence s’en mêle.
Répercussions (création), collectif Original Magik Step du 26 au 28 janvier


Ce sont des partenaires d’un autre monde que la Danoise Lene Boel invite à entrer dans la danse de ses sept interprètes. « Forces of the North » convoque l’esprit des Inuits et des Vikings pour livrer trois pièces sous influence. « Rituel for the Inuits » joue des similitudes entre les traditions du Grand Nord et les battles des hip hopeurs. « Viking Runes » puise son inspiration dans les mythologies nordiques et le film d’anticipation « The Hunger Games ». Enfin, « Super Human », une pièce créée pour Suresnes, croise hip hop et cirque pour nous entraîner sur la piste du transhumanisme. La chorégraphe dont l’écriture contemporaine se ponctue de break et de new dance propose avec ces trois opus une version du métissage venue du froid, aussi inhabituelle que vivifiante.
Rituals For The Inuits – Viking Runes – Super Human(création), Lene Boel 29 et 30 janvier

Danser Casa

RETROUVAILLES AU SOMMET
Voilà quinze ans que Kader Attou et Mourad Merzouki n’avaient pas cochorégraphié. Les deux « enfants de Suresnes », aujourd’hui figures de la scène hip hop, se retrouvent au théâtre Jean Vilar plus inspirés que jamais. Ils vont clore cette 27e édition avec « Danser Casa », une fulgurance pour huit danseurs marocains. Portés par des musiques électro et orientales, les jeunes interprètes laissent le locking, le popping, le contemporain ou le cirque dire la violence, leur mal de vivre, mais aussi la grâce et leur sens de la fête.
Une coproduction éblouissante qui résonne comme un hymne à la jeunesse et à la transmission, chère aux deux chorégraphes.
1er et 3 février


PROGRAMME
La Finale, Josette Baïz
11 ➔ 13 janvier.
12 JAN. ❖ 10h30 : Initiation hip hop (7-9 ans) avec Jean-Claude Marignale (Original Magik Step). Inscription sur mediatheque-suresnes.fr
❖ 14h – 17h : Atelier de pratique hip hop au Théâtre, avec Jean-Claude Marignale.
Inscription sur suresnes-cites-danse.com

Cercle égal demi cercle au carré,</strong> Chantal Loïal
12 ➔ 16 janvier.

Finding Now, Andrew Skeels
18 ➔ 20 janvier.

CITÉS DANSE CONNEXIONS #1
Jusqu’à L,
Akeem H. Ibrahim
Soyons Fous, Salim Mzé Hamadi Moissi
19 et 20 janvier.
Muses,
Anthony Egéa
22 et 23 janvier.

RENCONTRES HIP HOP
Soli2, Anthony Egéa
Addiction
(création), Junior Bosila
Cross Over, Michaël le Mer
25 ➔ 27 janvier.

CITÉS DANSE CONNEXIONS #2
El Gedji
(création), Rafaël Smadja
Répercussions (création), Collectif Original Magik Step
26 ➔ 28 janvier.

FORCES OF THE NORTH
Rituals For The Inuits – Viking Runes – Super Human,
(création),
Lene Boel
29 et 30 janvier.

CITÉS DANSE CONNEXIONS #3
Presqu’ils, Farid Berki
2 et 3 février
Danser Casa,
Kader Attou, Mourad Merzouki
1er ➔ 3 février.

suresnes-cites-danse.com
01 46 97 98 10

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