MASCARELLO : l’art du motif

novembre 2019

Pièces uniques, les papiers peints de François Mascarello décorent palaces et boutiques de luxe de la planète. Il vient de rejoindre la galerie des métiers d’art La Verrière.

“Je considère le papier peint comme un tableau ». Gonflée l’affirmation de François Mascarello ? Pas si vous avez déjà vu ses créations pour des palaces, des boutiques de luxe comme Cartier ou, bien sûr, des particuliers. Depuis quelques semaines, elles voient le jour dans l’atelier de la galerie des métiers d’art La Verrière qu’il vient d’investir. « Je crée des motifs pour des architectes et décorateurs que je reproduis, à la main, réalise des papiers peints qui sont systématiquement des pièces uniques », explique-t-il. Pour d’autres clients et afin de réduire les coûts, la reproduction se fera par impression numérique sur du papier de très haute qualité, réhaussée d’un travail de peinture à la main. « Ma tête est une sorte de banque de motifs », sourit François Mascarello qui crée aussi sculptures, tables, paravents ou luminaires que l’on retrouve dans les galeries parisiennes BSL et Mouvements modernes. Très attaché aux rencontres, il n’exclut pas de concevoir des pièces avec les autres occupants de la galerie suresnoise. D’ailleurs, lorsqu’il réalisait récemment la décoration de l’hôtel Fauchon à Paris, il a collaboré, en voisin, avec la société de revêtements muraux de Puteaux Signatures murales.

L’huile à la colle avec le kraft

Au cœur de son atelier de 85 m2, François imagine des univers abstraits qui ne sont pas sans rappeler les peintres De Stael, Soulages ou Motherwell. Des univers couchés sur du kraft, dont il apprécie la couleur et le relief, d’autant que ce papier est « hyper résistant et s’encolle bien ». La largeur maximum des rouleaux de ce support limite mécaniquement celle de ses « lés » de papier peint à 1m80. Ensuite le prix de ses créations est calculé au mètre carré (800 à 1500 euros le mètre pour celles exécutées entièrement à la main). Le décorateur de regretter que de plus en plus de ses confrères utilisent des matériaux précieux, comme l’or et le marbre, sans d’autre raison que de faire exploser les prix de leurs « œuvres parfois inintéressantes. Cela n’a pas de sens, cela revient à proposer des meubles Ikea dorés, ajoute François Mascarello. Si je pouvais ne travailler qu’avec des bouts de bois du jardin je serais heureux. D’ailleurs les galeries avec qui je travaille estiment que c’est la créativité qui doit l’emporter sur la technique ».
Grand admirateur de William Morris, peintre, décorateur et touche à tout du XIXe siècle, il est avant tout fasciné par l’art. « J’ai toujours dessiné et peint. C’est une nécessité pour moi. Petit je voulais être décorateur de théâtre. J’ai d’ailleurs fait de la danse et suis fan d’opéra », se souvient cet ancien élève des arts appliqués de Lyon, dont les peintures figuratives qu’il réalisait par le passé ont été exposées dans de « bonnes galeries. Puis j’ai ressenti le besoin de passer à la 3D. Je me suis alors tourné vers la restauration de mobilier du XXe siècle, comme celui de Prouvé ou de Perriand. C’est comme cela que j’ai découvert le design. Mais comme je désirais aussi continuer à peindre, je me suis lancé dans les papiers-peints », résume-t-il. Ceux de François Mascarello sont bien des œuvres d’art. Qu’il sait éphémères puisqu’ils sont tôt ou tard amenés à être déchirés. « Cela ne me gêne pas, je n’ai pas d’ego », sourit-il. Mais l’on n’est pas étonné d’apprendre qu’il arrive que ses créations soient collées… sur des toiles, telles des tableaux donc.
Galerie des métiers d’art La Verrière, 7 ter rue Émile Duclaux.


Pourquoi Suresnes?

« Je dispose d’un lieu de vie et de travail passage du Grand cerf à Paris, mais il est devenu trop exigu. Nous avons avec Henri Bursztyn, qui a son atelier de création de luminaires ici, un ami commun. Il savait que je cherchais un espace plus vaste mais il y a un an tous les grands ateliers étaient déjà réservés. Cet été j’ai décroché de nombreuses commandes. Cela devenait urgent et j’ai repensé à Suresnes. Par chance, un grand atelier était alors disponible et j’ai immédiatement craqué pour ce lieu baigné de lumière. J’ai eu le coup de cœur. Toute l’activité de mon studio est transférée ici alors que l’atelier de Paris va devenir un showroom. »

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