Emmanuelle Mörch, une femme en or

mai 2021

A trente ans, Emmanuelle Mörch s’est imposée comme la numéro 1 du tennis fauteuil français et ne compte pas s’arrêter là. Une  championne suresnoise dont le parcours et la détermination forcent l’admiration, et qui sera à suivre aux Jeux de Tokyo du 24 août au 5 septembre.

Texte : Marina Bellot. Photos : Yonathan Kellerman

Résilience, passion, détermination : voici quelques-uns des qualificatifs qui viennent en tête quand on écoute Emmanuelle Mörch parler de son parcours. En cette fin mars, après quatre mois de compétitions à l’arrêt, crise sanitaire oblige, la jeune Suresnoise revient d’un tournoi « très relevé » en Angleterre : « J’ai perdu au premier tour, mais j’ai gagné tous les matchs du tournoi de consolation. Après une période d’entraînement intensive, cela m’a fait un bien fou de reprendre la compétition ». Son calendrier sportif est chargé : pas moins de douze tournois d’ici au challenge suprême de cet été, les Jeux paralympiques de Tokyo.
C’est à 18 ans qu’Emmanuelle Mörch découvre le tennis en fauteuil, peu de temps après qu’un grave accident de snowboard l’a rendue paraplégique : « Une révélation, raconte la jeune femme. Après mon accident, j’ai compris que le sport était trop important pour qu’il ne continue pas à faire partie de ma vie. J’avais de bonnes dispositions physiques, je me sentais capable d’apprendre quelque chose de complètement nouveau et peut-être même de performer… C’est parti de rien et c’est devenu une passion, puis mon métier. »
Se consacrer à cette carrière sportive n’a pourtant pas tout de suite été une évidence pour Emmanuelle : « Il était très important pour moi de poursuivre mes études. J’ai eu mon accident en terminale, pendant les vacances de Pâques, et j’ai passé mon bac au rattrapage à l’hôpital en septembre. Comme les sciences me plaisaient beaucoup, j’ai intégré l’Ecole centrale Paris… Et c’est là que j’ai découvert le tennis en compétition. »

De Centrale aux Jeux de Rio

Son prestigieux diplôme en poche, Emmanuelle Mörch se laisse un an pour travailler son tennis et obtient une qualification sur invitation aux Jeux paralympiques de Rio en 2016. « J’étais une des plus faibles du tableau, mais ça a été une expérience hyper enrichissante, qui m’a énormément appris sur moi et m’a permis de progresser. » La jeune femme travaille ensuite pendant deux ans en tant que chef de projet chez L’Oréal, mais le sport et la compétition lui manquent terriblement. L’entreprise accepte alors de la sponsoriser pour qu’elle puisse se consacrer à temps plein à la préparation des Jeux de Tokyo. Sa carrière professionnelle est lancée.

Le mental et la discipline du plus haut niveau

Installée à Suresnes depuis juillet 2019, Emmanuelle Mörch s’entraîne cinq jours par semaine à la Fédération française de tennis, dans le 16e arrondissement de Paris. Une vingtaine d’heures au total, auxquelles il faut ajouter la kinésithérapie, la balnéothérapie, la sophrologie, la méditation…
D’une extrême rigueur, la sportive ne laisse rien au hasard : « Je m’attache beaucoup aux détails dans la vie de tous les jours et dans mon sport, c’est ce qui me permet de progresser : entraînement, récupération, alimentation, sommeil, matériel… Je fais de mon mieux dans tous les domaines. » Au-delà de ce travail acharné, c’est à une détermination d’acier qu’Emmanuelle Mörch doit de s’être hissée à la première place française. « Il a fallu que, dans les moments les plus durs, je trouve de la motivation au fond de moi pour continuer. Après mon accident, je suis passée par toutes les phases du deuil. Au début, je niais ce qui m’était arrivé, je pensais que j’allais retrouver ma vie d’avant deux semaines après… Et puis je me demandais si j’allais pouvoir être aimée par quelqu’un un jour, si j’allais pouvoir travailler, être autonome, faire du sport… Toutes ces questions si importantes pour pouvoir continuer à vivre. »

Rendez-vous à Paris

Aujourd’hui, la jeune femme vit en couple et entend bien poursuivre le chemin sur lequel elle s’est engagée : « Ce qui m’anime c’est de profiter chaque jour de ma passion. J’aimerais beaucoup participer à des grands chelems comme Roland-Garros. Avoir ses proches dans les tribunes lors d’événements de cette ampleur, ce doit être fabuleux… » Le cap ultime : les Jeux de Paris en 2024. « J’aurai 34 ans et peut-être l’envie de fonder une famille, ou alors de continuer… On verra ! »

 

Repères

2008 : accident de snowboard
2012 : première participation au tournoi international de tennis fauteuil
2015 : obtention du diplôme de Centrale Paris
2016 : participation aux JO de Rio
2021 : participation aux JO de Tokyo

Partagez l'article :