FORUM DES FEMMES 2019 : Partageons l’espace public

mars 2019

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Le Forum des femmes aborde cette année les problématiques liées à l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’espace public à travers l’urbanisme, la sécurité, la mixité des espaces et des pratiques. Objectif : réfléchir à la manière d’aménager l’espace public pour qu’il soit mieux partagé et faire avancer la mixité.

Depuis 10 ans, à Suresnes, le Forum des femmes donne lieu à des temps d’échanges et d’animation sur l’égalité entre les sexes à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars.
Pour cette 11e année, le thème retenu est : « Partageons l’espace public ». La ville du XXIe siècle ne serait-elle donc pas faite pour toutes et tous ? « Le partage est inégal à la fois en termes d’aménités, d’équipements mis à disposition et aussi en terme de légitimité ressentie à être dans l’espace public. Il y a quelque chose de l’ordre du physique et aussi du symbolique », explique Chris Blache, socio-ethnographe, cofondatrice de la plateforme Genre et ville qui explore les mutations de notre société et particulièrement la place des femmes dans l’espace public. « Physiquement, le mobilier urbain n’a pas de sexe mais symboliquement il en a un. Une femme ne se sent pas forcément à l’aise à rester seule sur un banc. Un homme sera plus à même d’y adopter une attitude de détente, par exemple. De même les aires de jeux, de sport, très souvent orientées vers des activités dites masculines et qui finissent par n’être occupées que par des hommes », illustre-t-elle. « Cela découle de notre histoire, de la lente évolution des droits des hommes et des femmes et cela se manifeste dans la façon dont l’espace public est pensé, dans son époque, souvent dès le XIXe siècle et le début du XXe, uniquement par des hommes. Nous en avons hérité », poursuit-elle. Le Forum des femmes 2019 va ainsi permettre d’aborder les problématiques liées à l’urbanisme, à la sécurité, à la mixité des espaces et des pratiques. Depuis quelques années, des géographes, des urbanistes, des élus et des habitants réfléchissent à la manière d’aménager l’espace public pour qu’il soit plus « inclusif » ou simplement partagé.

Objectif mixité
« Avec un regard critique, on s’aperçoit que les stéréotypes ne sont pas que dans nos têtes, mais qu’ils se matérialisent aussi dans l’espace urbain comme une concrétisation de certaines conventions sociales », complète Gunilla Westerberg-Dupuy, adjointe au maire de Suresnes, qui depuis 10 ans a instillé la question de l’égalité femmes-hommes dans toutes les politiques publiques gérées par ses collègues élus et dans les services municipaux formés à ces notions. « Ça commence dès l’école, poursuit-elle, les filles – et certainement quelques garçons – se résignent à être dans la périphérie de l’espace de la cour de récréation où les garçons jouent au foot. Les filles regardent, elles laissent la place aux garçons et c’est ce qui se passe toute leur vie. Résultat, arrivées à la retraite, elles perçoivent en moyenne 40 % de moins que les hommes parce qu’elles n’ont pas assumé leur droit à occuper des positions valorisantes et bien rémunérées.»

La géographe du genre Edith Maruéjouls travaille actuellement à Suresnes sur un projet d’école égalitaire avec l’école élémentaire Noor Inayat Khan et, avec le conseil communal de la jeunesse, sur la prise en compte du critère de mixité dans le projet de réaménagement de l’ancien Skate parc. « Les filles apprennent très tôt les limites dans la cour d’école », confirme Chris Blache. « On s’interdit d’aller dans certains lieux, à certaines heures, ou de s’habiller d’une certaine façon, toutes sortes d’interdits construits et appris très tôt. » Agir contre ces stéréotypes passe déjà par un changement de regard et une prise de conscience. Les premières marches exploratoires organisées le 14 mars avec « Genre et ville » permettront aux Suresnois d’ouvrir les yeux sur leur quartier avec le filtre de la mixité à tout âge. Les problématiques repérées permettront de formuler des préconisations lors de la soirée de clôture pour que chacun puisse avoir le même plaisir à partager l’espace public, s’autoriser à y agir et y évoluer.

JEUDI 14 MARS
Les marches exploratoires

14 h : Parcours quartier Cité-jardins.
Départ devant Les Femmes Relais, 27 ter rue Albert Caron
19 h : Parcours quartiers Liberté et Écluse-Belvédère.
Départ devant la maison de quartier des Chênes, 5 rue du professeur L.-R. Nougier.
Ouvert à tous les habitants de Suresnes, femmes et hommesQu’est-ce que c’est ?

Le long d’un parcours d’1 km ou 1,5 km à pied (90 minutes environ) défini au préalable et accompagné par un membre du cabinet Genre et ville, les marches exploratoires proposent de porter un regard neuf sur la ville et d’exprimer sa vision personnelle sur des thématiques liées à l’aménagement ou à la sécurité des espaces publics. Les ressentis, impressions, suggestions sont enregistrés pendant les pauses et après la marche.
Et après ?
Dans le cadre de la soirée de clôture du Forum des femmes, les participants pourront témoigner de cette expérience et partager leur vision des usages différenciés de l’espace public entre les femmes et les hommes, avec pour objectif une appropriation du sujet par l’ensemble des habitants. Le jeudi 28 mars à 19 h, à la salle des fêtes, 2 rue Carnot.

3 QUESTIONS A :
GUNILLA WESTERBERG-DUPUY,
Adjointe au maire déléguée aux Droits des femmes, à la Maison pour la vie citoyenne et l’accès au droit

Suresnes Mag : « La ville vue par les femmes » était le thème du 1er forum des femmes en 2009. La boucle est elle bouclée avec « Partageons l’espace » ?
Gunilla Westerberg-Dupuy : Cela fait 10 ans que nous travaillons sur les questions liées à l’égalité femmes-hommes, 10 années de réflexions et d’expérience durant lesquelles cette préoccupation a infiltré toutes nos politiques publiques à Suresnes : constitution d’un vrai réseau coordonné autour des victimes de violences, attention particulière aux familles monoparentales, développement de la pratique sportive féminine… Ces questions concernent le bien être des deux sexes.

S.Mag : Peut-on parler d’acquis ?
G. W.-D. : Je cite souvent Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. » Et nous ne manquons pas de crises en ce moment. S’il n’y a pas un travail constant et déterminé pour mettre l’égalité femmes-hommes au sein de toutes les autres questions qui concernent l’évolution de la société, on recule. Donc, à Suresnes comme ailleurs, nous pouvons parler d’avancées mais jamais d’acquis. Il demeure essentiel de continuer à sensibiliser les jeunes au respect filles-garçons et aux stéréotypes. Ça commence par l’éducation.

S.Mag : Qu’attendez-vous des marches exploratoires ?
G. W.-D. :
L’objectif n’est pas d’avoir des propositions d’aménagement immédiates. Ce ne sont pas des marches critiques comme il en existe déjà avec les CCQ ou les seniors. Il s’agit de se concentrer sur cet aspect de partage de l’espace et de mixité. On a déjà fait pas mal de choses concrètes à Suresnes. À présent, il faut peut-être aussi modifier son regard pour pouvoir modifier la ville, créer un équilibre dans son aménagement qui invite à partager, se rencontrer, s’occuper, jouer, se balader, prendre un verre, être aussi bienvenu l’un que l’autre, partout et à toute heure.

La soirée de clôture
JEUDI 28 MARS – 19 h, salle des fêtes. Entrée libre

Vernissage de l’exposition « LES FEMMES DANS LA CITÉ »
réalisée par les élèves du collège Jean Macé
Conférence-débat « LES ENJEUX DE L’ÉGALITÉ DANS L’ESPACE PUBLIC » avec le cabinet Genre et ville (19h30) :
Édith Maruéjouls, docteur en géographie du genre, et Jean Christophe Choblet, urbaniste
Présentation de 2 projets égalitaires conduits à Suresnes à l’école Noor Inayat Khan et sur la mixité des équipements sportifs avec le conseil communal de la jeunesse
Présentation des principaux enseignements des marches exploratoires du 14 mars et préconisations de bonnes pratiques
Animations : quiz animé par le CCJ, ouverture et clôture musicale par Amandine et Sylvain, saynètes théâtrales par Suresnes impro , studio photo « Engageons-nous pour l’égalité ».

LE PROGRAMME
✱ Du vendredi 8 au jeudi 28 mars
« PARTAGEONS L’ESPACE »
Le square de l’hôtel de ville sera paré de panneaux de l’exposition « Partageons l’espace » en partenariat avec le Centre francilien Hubertine Auclert pour la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes
(www.centre-hubertine-auclert.fr)
✱ Vendredi 8 mars
Conférence « QUAND L’ARCHITECTURE ET L’URBANISME INFLUENCENT L’ÉGALITÉ ENTRE LES FEMMES ET LES HOMMES »
Avec Corinne Luxembourg, maître de conférences en géographie à l’école nationale supérieure d’architecture de Paris La Villette, Ginette Baty Tornikian, sociologue en histoire sociale et culturelle de l’architecture et de l’urbanisme.
➜ 19 h, Musée d’histoire urbaine et sociale,
1 place de la gare Suresnes-Longchamp. Entrée libre
✱ Du lundi 11 au jeudi 28 mars
INFORMATION ET SENSIBILISATION POUR LES JEUNES
Suresnes Information Jeunesse vous donne rendez-vous au PIJ Payret pour vous informer sur l’égalité des droits, découvrir une exposition interactive mettant des femmes à l’honneur, vous prêter à un quiz traitant de
cette thématique. PIJ Payret, 13 rue Maurice Payret-Dortail (face au lycée Paul Langevin).
Renseignements : 01 45 06 41 38
✱ Jeudi 14 mars
« ENGAGEONS NOUS POUR L’ÉGALITÉ »
Actions de sensibilisation, quiz, prises de vues portraits-messages…
➜ de 10 h à 13 h, Marché Caron
✱ Jeudi 14 mars
MARCHES EXPLORATOIRES avec le cabinet Genre et ville
➜ 14 h : Parcours quartier Cité-jardins. Départ devant
« Les Femmes Relais », 27 ter rue Albert Caron
➜ 19 h : Parcours quartiers Liberté et Écluse-Belvédère. Départ devant la maison de quartier des Chênes, 5 rue du professeur L.-R. Nougier. Ouvert à tous
✱ Mercredi 20 mars
« ENGAGEONS NOUS POUR L’ÉGALITÉ »
Actions de sensibilisation, quiz, prises de vues portraits-messages…
➜ de 10 h à 13 h, Marché Zola (centre-ville)
✱ Samedi 23 mars
Conférence-rencontre avec Aurélia Blanc autour du livre
Tu seras un homme -féministe- mon fils
Dans son livre, l’auteure, journaliste au magazine
Causette, décortique les stéréotypes et rassemble tous
les outils pour aider les parents à élever leurs garçons
sans préjugés sexistes.
➜ 17 h, Médiathèque, 5 rue Ledru-Rollin. Entrée libre.
✱Jeudi 28 mars
Conférence-débat « LES ENJEUX DE L’ÉGALITÉ DANS L’ESPACE PUBLIC » Soirée de clôture. Voir ci-contre.
➜ 19 h, Salle des fêtes, 2 rue Carnot. Entrée libre

Pour toute information, Maison pour la Vie citoyenne
et l’accès au droit, 28 rue Merlin de Thionville,
tél. : 01 41 18 37 36/37 34.

LA COUR DE RECRE ou le petit laboratoire de la mixité dans l’espace public

« On est sur le côté. Je ne peux même pas aller où j’ai envie ». Deborah, 8 ans, en CE2 à l’école Noor Inayat Khan pose le constat simple et accablant du sort réservé aux filles dans les cours de récréation.

Mardi 5 février 2019. Dans le cadre du prochain Forum des femmes, Édith Maruéjouls, géographe du genre à l’université Bordeaux-Montaigne, rencontre des élèves de l’école Noor Inayat Khan dite Madeleine. Les travaux de l’universitaire portent sur l’égalité réelle et opérationnelle dans la cour d’école, les loisirs des jeunes et l’espace public.
Depuis quelques semaines, l’équipe enseignante s’interroge justement sur ce partage de la cour d’école et des pratiques des enfants, filles et garçons. Valérie Barbarre, directrice de l’école et enseignante en CE2, raconte. « À chaque récréation, il y beaucoup de disputes entre les enfants. Cela se termine souvent par des pleurs, voire des bousculades. Non-respect des règles entre joueurs, gêne, collisions, exclusion de ceux qui ne jouent pas, avec mes collègues enseignants, nous avons identifié le ballon comme cause principale de ces chamailleries. » Alors les maîtres ont proposé, avec l’adhésion des enfants, de renoncer au ballon pendant les récrés du matin et de l’après-midi, pour une durée d’un mois à partir de mi-janvier. En parallèle à cette expérimentation, l’établissement a sollicité la venue d’Édith Maruéjouls.
Dans la classe de CE2 de Valérie Barbarre, 6 garçons pour 15 filles, la géographe diffuse d’abord un court reportage télévisé sur la récréation dans une autre école. « Les garçons ne veulent pas du tout que les filles jouent au foot », commente Djafar. De fait, les garçons jouent au foot mais surtout, ils monopolisent la cour.
La sonnerie retentit. C’est l’heure de la récré. Sans ballon. Édith Maruéjouls confie aux enfants une mission : « observez puis vous me raconterez ». De retour en classe, les enfants trépignent pour avoir la parole.

La récré sans le ballon

Madeleine : « On avait de la place, les garçons se sont enlevés ». Ilona : « J’ai fait un grand jeu avec plein de gens, des filles et des garçons mélangés et plein d’autres classes ! » Emie : « Avant on ne pouvait pas faire de grands jeux tous ensemble parce qu’il n’y avait pas de place à cause des ballons ».
Édith Maruéjouls interpelle les enfants : « Vous comprenez maintenant pourquoi c’est important cette question de l’égalité des filles et des garçons et pourquoi c’est important de se mélanger. Maintenant, propose-t-elle, essayez d’imaginer comment on pourrait faire pour changer la cour ».
Madeleine : « Chaque jour on propose une activité où les filles et les garçons peuvent être ensemble ». Djafar : « On fait une semaine sans ballon, une semaine avec ». Édith Maruéjouls suggère qu’ils pourraient « faire autre chose que des grands
jeux ».
Elle donne des pistes… et l’imagination des enfants se débride : « une pelouse ! » pour Dalila, « des bancs sous le préau, des sièges, des canapés ! » pour Apolline, « Dessiner », « faire des jeux de société », « demander des parasols et des plantes »… « Dans ces cas-là, conclut la géographe, il faut avoir en tête qu’il y aura sans doute plus de règles à respecter et qu’il faudra ranger à chaque fois ». La sonnerie vibre, fin de l’intervention.

Un skate parc en devenir
Édith Maruéjouls travaille aussi avec les jeunes du CCJ sur la restructuration du skate parc. L’objectif est de faire de ce lieu, qui était uniquement fréquenté par des garçons, « un lieu de mixité et de mélange », de « réunir filles et garçons, petits et grands, handicapés et valides », résume Yasmine, membre du CCJ. Les jeunes élus ont observé et échangé leurs idées. Il en ressort des envies d’un espace « convivial, pour faire du sport mais pas seulement, un lieu beau et qui donne envie, avec des couleurs, des motifs, des végétaux, de l’ombre et pourquoi pas la possibilité de pique-niquer ». « Et des sanitaires ! Parce que nous les filles, explique Yasmine, on en a besoin ».
« Les jeunes ont très vite pris possession du sujet et ont fait des propositions très justes. C’est difficile pour eux de proposer un aménagement, car ils ne seront pas décisionnaires, mais ils peuvent proposer des idées sur ce que peut être ce lieu et la dynamique qui l’animera », commente la géographe du genre. « En fonction de ce qu’il ressortira du travail réalisé avec les écoliers, le CCJ et lors des marches exploratoires, qui permettent de poser un constat et de dessiner des pistes, l’objectif de ma présence à Suresnes est de travailler avec les services techniques et l’ensemble des services de la Ville pour qu’ils soient plus attentifs à cette question de la mixité : pour les femmes mais aussi pour tout le monde. Les habitants doivent pouvoir s’approprier les espaces qui leur sont destinés. Cette réflexion peut être menée dès la conception des équipements.”

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L’égalité hommes-femmes dans toutes les politiques publiques de Suresnes

Depuis 2012, Suresnes met en oeuvre un plan d’actions visant à favoriser l’égalité entre les femmes et les hommes dans toutes ses politiques publiques. En 2018, plus de 60 actions ont été déclinées et portées par l’ensemble des services de la Ville selon plusieurs thématiques : Éducation et parentalité, Jeunesse et citoyenneté, Prévention, santé et sécurité, Solidarité, Handicap et seniors, Aménagement et espace public ou encore Égalité professionnelle.
Depuis 2012, Suresnes contribue à alléger les charges des familles monoparentales en leur attribuant une demi-part supplémentaire pour le calcul du quotient familial. Près de 300 familles sont concernées.
La Ville promeut les noms de femmes célèbres pour nommer ses rues et bâtiments publics. Ainsi en 2018 l’école de la Cité de l’enfance a été baptisée Simone Veil. De très nombreuses actions sont mises en place dans le cadre du soutien à la parentalité et de la sensibilisation des jeunes.
La Ville a largement développé les moyens d’accueil et de prise en charge de femmes victimes de violences en fédérant le réseau local des professionnels impliqués.
En 2018, les services Emploi et Petite enfance ont inauguré un dispositif qui conjugue accession prioritaire aux crèches et accompagnement vers l’emploi renforcé pour les femmes en recherche d’emploi. Lancé fin 2018, ce dispositif a concerné 7 Suresnoises.
Depuis plusieurs années, Suresnes forme ses élus et les agents des services municipaux sur de nombreuses thématiques : prise en charge des femmes victimes de violences, prévention contre les discriminations, égalité professionnelle, communication institutionnelle égalitaire…
En 2019, dans le cadre du Forum des femmes, les élus et des agents de tous les services, en particulier des services techniques, suivent une formation sur l’égalité et la mixité dans les espaces publics.

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