La Police municipale fait barrière au Covid-19

avril 2020

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Pédagogie, prévention, verbalisation… Le quotidien des agents de la Police municipale accompagne celui des Suresnois appelés, comme tous les Français, à respecter un confinement le plus strict possible. Comment nos policiers font-ils face à cette situation inédite ?

Texte Thierry Wagner

En plus de leurs missions habituelles, les agents de la Police municipale de Suresnes ont désormais à charge de veiller, conjointement à ceux de la Police nationale, au respect des mesures de confinement décidées par le Gouvernement afin de limiter la propagation du coronavirus.

Depuis le 23 mars, les polices municipales sont également autorisées à verbaliser en cas de défaut de présentation d’une attestation de déplacement dérogatoire. Sur le terrain jour et nuit, les agents sont en première ligne pour faire barrière au virus, au contact d’une population suresnoise majoritairement consciente de la gravité de la situation sanitaire et des enjeux du confinement… malgré quelques irréductibles.

Deux brigades de jour et deux autres de nuit assurent 7 jours sur 7 les missions de la Police municipale. Depuis le début de la crise sanitaire, la composition de chaque brigade de 5 agents a été « verrouillée » afin de limiter les contacts entre les collègues qui pourraient être contaminant mais sans symptômes. Les différentes brigades ne se croisent plus au poste et ne travaillent plus ensemble sur le terrain.

Lavage des mains, port de masques, gants, respect des distances… Les policiers municipaux ont eux-aussi adopté les gestes barrière dans leur pratique professionnelle. Chacun porte son masque en montant en voiture où l’espace est réduit et dispose de masques de réserve pour les personnes que la brigade pourrait être amenée à interpeller ou à transporter.

Pédagogie et prévention

Suresnes est assez calme, constatent-ils. La plupart des gens appliquent les consignes, sortent munis de leur attestation, respectent les distances de sécurité dans les files d’attente des magasins…

Mais il demeure toujours des « irréductibles » pour se soustraire aux règles, certains groupes de « jeunes » y trouvent même prétexte pour provoquer les forces de l’ordre en  soutenant par exemple qu’ils sont libres de faire ce qu’ils veulent, de descendre des chaises dans la rue pour rester à plusieurs dehors parce qu’il fait beau….

Avec l’arrivée des beaux jours et les vacances scolaires de printemps, les agents ont aussi constaté un énorme relâchement des familles. Si les agents font encore beaucoup de pédagogie et de prévention, mettre des amendes fait aussi partie du métier. Certains Suresnois se plaignent de ne pas voir assez la Police dans leur quartier, mais le chef de la police municipale de Suresnes, atteste que les verbalisations sont réparties sur tout le territoire communal et pas seulement sur le centre-ville et confirme que toutes les zones sont couvertes pour essayer de faire respecter au mieux le confinement et les mesures de protection.

A partir du  26 avril, la présence de la brigade de la Police municipale dans la nuit du dimanche au lundi sera prolongée de 22H30 à 2H du matin, soit les mêmes horaires qu’au long de la semaine.

3 QUESTIONS A

Daniel Montet, adjoint au Maire délégué à la sécurité et la prévention

 Suresnes mag : La Police municipale a-t-elle plus de travail qu’à l’habitude du fait du confinement ?

Daniel Montet:  Oui et non. Les rues sont plus calmes. Les agents vont rencontrer plus de personnes mais ont moins besoin de cibler : ils voient beaucoup plus facilement ce qui ne va pas. Les infractions ne sont pas noyées dans la masse. Et puis la police municipale recroise aussi parfois les mêmes personnes, celles qui vont faire leurs courses à 9 h, ressortent chercher leur pain à 11 h, puis pour une autre course à 14 h.  Nous incitons les  habitants à regrouper ce qu’ils ont à faire sur une même sortie. Enfin on constate aussi depuis le début du confinement une augmentation des troubles du voisinage et des différends familiaux.

S-Mag : La police municipale reçoit-elle des appels, des signalements, pour ces violences ?

D.M. :  Oui, et il est important de ne pas considérer cela comme de la délation. S’il vous semble que l’on frappe quelqu’un près de chez vous, que vous l’entendez ou que vous en avez connaissance, il vaut mieux appeler la police pour rien que de le dire quand il sera trop tard. Cela commence par ressembler à des troubles de voisinage avec du bruit, du tapage, et quand nous arrivons cela peut s’avérer être un cas de violence intrafamiliale. Le confinement favorise la consommation d’alcool au domicile qui peut dégénérer en violence sur le conjoint ou sur mineur.

S-Mag : Comment est le moral des brigades ?

D.M : Les agents de la police municipale sont sains quand ils viennent travailler mais, à la fin de leur service, ils ne savent pas s’ils ramènent le virus chez eux au risque de contaminer leur propre foyer. Ils ont tout cela à l’esprit et plein de questions en suspens, comme c’est le cas pour le personnel médical et de nombreux agents de notre service public. A tous il faut exprimer notre respect et notre gratitude.

Paroles de “municipaux”

« Dans les débuts du confinement, certains pensaient qu’en faisant simplement une croix sur l’attestation de déplacement dérogatoire, ils pouvaient s’octroyer les mêmes sorties qu’habituellement. Nous avons fait beaucoup de prévention pour les inciter à faire tout ce qu’ils avaient à faire dans un temps très court, limiter leur nombre de sorties et leur temps d’exposition à l’extérieur, puis rentrer chez eux.

Il y aura toujours les irréductibles qui considéreront que le simple fait d’aller vers eux constitue une provocation, à qui nous devons chaque fois expliquer qu’on ne sort pas comme on veut dans la rue en ce moment et que si l’on sort il faut pouvoir le justifier.  Nous constatons un énorme relâchement sur le confinement depuis quelques jours. » Frédéric B., chef de brigade de jour de la Police municipale

« Plus les jours passent plus on se rend compte que les gens ont du mal à rester chez eux. Et il ne s’agit pas seulement de jeunes réfractaires, mais aussi de parents avec enfants. Il n’y a pas de catégorie sociale ni d’âge. Tout le monde cherche à trouver des excuses pour pouvoir sortir, sans mesurer la gravité de la situation.

Mais la majorité des Suresnois sont reconnaissants de ce que nous faisons. Il y a plus de respect et de solidarité. Les personnes en règle ont beaucoup plus de mots de soutien envers nous qu’auparavant. Il est certain que la personne verbalisée, elle, ne va pas faire nos louanges.» Pierre M., encadrant opérationnel de nuit de la Police municipale

Brèves de patrouilles…

Si la situation sanitaire n’était pas si sérieuse, on pourrait presque rire des explications parfois données aux policiers pour justifier des sorties sans attestation dérogatoire ou des tentatives de contournement de la règle générale. Petit florilège suresnois.

 Tenue de sport et chaussures de footing aux pieds, une jeune femme habitant le haut de Suresnes est contrôlée près de deux heures plus tard dans le bas de la ville. Elle affirme être sortie pour faire des achats de première nécessité en courant d’une pharmacie à l’autre.
« Mon jeu Pokemon Go m’a indiqué qu’il y avait un Pokémon à capturer avec mon téléphone pas loin dans cette rue. »

 Un homme sort en tenue de ville marche tranquillement dans la rue avec à ses pieds une paire de baskets. Motif de la sortie :
« Ça se voit bien, je fais du sport, non ?»

Appel au poste de la police municipale :
« Pouvez-vous me dire où se trouve le bureau de tabac ouvert le plus proche de chez moi aujourd’hui ? ».
(Moralité: n’occupez pas la ligne inutilement…)

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